Syphilis et sexualité

Dr Fatima YASSIR-ORIA
CIDDIST – Hôpital Édouard Heriot & Croix Rousse
Service de Dermatologie – Centre Hospitalier Lyon Sud
Cours du vendredi 7 février 2014 à 10h30

 VIII – SYPHILIS

 

Epidémiologie

  • La syphilis est une maladie qui revient de plus en plus, surtout chez les hommes homosexuels ainsi que chez les patients atteints de VIH. Malheureusement assez mal gérée en médecine de ville et pas assez dépistée, la syphilis est très contagieuse au stade primo-secondaire avec une transmission sexuelle par toutes les voies possibles (génito-génital, génito-anal, génito-oral, oro-anal) par contact direct et indirect.
Evolution annuelle des nombres de cas de syphilis selon le sexe

Evolution annuelle des nombres de cas de syphilis en France selon le sexe

Evolution du nombre de cas de syphilis en France selon l'orientation sexuelle

Evolution du nombre de cas de syphilis en France selon l’orientation sexuelle et l’âge

  • La syphilis est une infection due au Tréponème pallidum, une bactérie hélicoïdale qui se transmet par voie sexuelle directe ou indirecte avec une incubation moyenne de 3 semaines (10 à 90 jours).
Treponema Pallidum

Treponema Pallidum

  • La transmission materno-fœtale se fait au 4ème et 5ème mois et donnera une syphilis congénitale

Classification

A – Syphilis précoce

C’est une syphilis qui date de moins de 1 an.

1 – Syphilis latente précoce
  • C’est lorsque l’on trouve une sérologie positive de manière fortuite sans symptôme clinique.
  • On vérifie la sérologie TPHA-VDRL précédente.
  • Si sérologie < 1 an négative c’est une syphilis précoce (traitement uniquement d’une injection)
  • Sinon on la considère comme une syphilis tardive (>1 an) : 3 injections
2 – Syphilis primaire

Elle est caractérisée par la présence d’un chancre syphilitique qui est un bouton indolore induré comme du carton qui se creuse, s’ulcère, ne cicatrise pas et disparaît en quelques semaines.

  • Le chancre peut être localisé ailleurs que sur les organes génitaux : lèvres, pharynx, région anale, endorectal… (HSH)
  • On peut en trouver sur une amygdale au fond de la bouche.
  • Il n’y a pas forcément un chancre unique : on peut avoir plusieurs lésions.
  • Toute ulcération génitale doit faire évoquer et rechercher une syphilis.
  • Une adénopathie satellite est souvent associée (jamais de fistulisation).
Chancre syphilitique

Chancre syphilitique

3 – Syphilis secondaire

Le chancre à guéri, le patient ne s’est pas fait traité et ensuite vont apparaître d’autres symptômes :

  • Manifestations cliniques essentiellement cutanéo-muqueuses.
  • Éruption érythématopapuleuse, surtout au niveau des mains (typique) mais peut être n’importe où (petite tâche rouge avec une squame qui se détache).
  • Atteinte muqueuse contagieuse : localisation génitale, anale et buccale (perlèche et plaques fauchées de la langue).
  • Alopécie souvent en clairière
  • Signes généraux : fébricule, poly-adénopathies, atteintes multiviscérales….
Tableau clinique de la syphilis secondaire

Tableau clinique de la syphilis secondaire

B – Syphilis tardive

Si le stade primaire et le stade secondaire n’ont pas amené à consulter.

1 – Syphilis latente tardive

C’est une syphilis qui est uniquement sérologique mais pour laquelle on ne présente pas de symptôme.

2 – Syphilis tertiaire
Tableau clinique de la syphilis tertiaire

Tableau clinique de la syphilis tertiaire

Elle a heureusement a pratiquement disparu et ne concerne que 10% des syphilis non traitées, mais elle peut donner des lésions très importantes, multi-viscérales, neurologiques, osseuses et cardio-vasculaires allant jusqu’à cécité et paralysie…

Diagnostic

  • Microscopie à fond noir : diagnostic immédiat nécessitant un œil expérimenté.
  • PCR : technique sensible et spécifique. Intérêt diagnostic en cas de  syphilis primaire, syphilis congénitale (liquide amniotique) et neuro-syphilis (LCR).
  • Le dépistage sérologique doit comporter au moins deux tests (tréponemique et réaginique).
    • Les sérologies spécifiques (pour faire le diagniostic) :
      • TPHA (Treponema Pallidum Particle Agglutination)
      • FTA (Treponema Antibody Absorption Test)
    • Les sérologies non spécifiques (pour voir si la syphilis est guérie)
      • VDRL (Venereal Disease Research Laboratory)
      • RPR  (Rapid Plasma Reagin)

 

Traitement

Recommandations internationales pour le traitement de la syphilis

Recommandations internationales pour le traitement de la syphilis

 

Il est bien défini :

  • Jusqu’à présent on utilisait l’Extencilline® 1 dose de 2,4 MU IM mais celle-ci n’est plus distribuée en France depuis février 2014 et à la place on a de la pénicilline G importée d’Italie appelée SIGMACILLINA® 1 200 000 UI/2,5 ml suspension injectable pour voie intramusculaire, qui contient le même principe actif qu’EXTENCILLINE® et qui se présente sous forme de seringue pré-remplie. Elle n’est hélas disponible qu’en pharmacie hospitalière et ne peut être prescrite que par un médecin hospitalier.
  • En cas d’allergie à la pénicilline soit on utilise l’azythromycine 2g, soit on peut aussi faire une désensibilisation avant de traiter dans des cas particuliers.

Surveillance

La négativation du VDRL est un critère de guérison :
  • le VDRL doit être divisé par 2 à 4 au bout de 3 à 6 mois.
  • 2/3 des cas voient leur TPHA décroître très lentement.
Cinétique d'évolution des anticorps TPHA et VDRL lors de l'infection par la syphillis

Cinétique d’évolution des anticorps TPHA et VDRL lors de l’infection par la syphillis

  •  la négativation se fait au bout d’un an.
  • Syphilis tardive : elle se fait au bout de 2 ans.
  • Chez le patient atteint de VIH, le TPHA peut rester indéfiniment positif
  • En cas de ré-ascension du VDRL au dessus de 4, penser soit à échec du traitement ou une recontamination.
  • Suivi sérologique à 3, 6 mois, 1 an et 2 ans selon le stade.

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