Infections sexuellement transmissibles (IST) et sexualité

Dr Fatima YASSIR-ORIA
CIDDIST – Hôpital Édouard Heriot & Croix Rousse
Service de Dermatologie – Centre Hospitalier Lyon Sud
Cours du vendredi 7 février 2014 à 10h30

INTRODUCTION

On ne parle plus de MST (Maladies Sexuellement Transmissibles) depuis 1999 mais d’IST (Infections Sexuellement Transmissibles) car la maladie, c’est lorsqu’il y a un symptôme. Hors il y a un certain nombre infections sexuelles qui sont sans symptômes (symptomatiques) comme le chlamydia, la syphilis et les Papillomavirus.

Rencontrer une IST dans sa vie sexuelle, même si elle n’est pas symptomatique, peut entraîner des troubles qui, même si ils ne sont pas physiques, vont avoir un retentissement sexuel. Par exemple on pourra avoir un retentissement qui sera de l’ordre de la culpabilité, avec une modification de la sexualité, une anxiété anticipatoire, des troubles de la libido, de la lubrification ou de l’érection. Bien entendu, si l’infection est symptomatique, cela sera encore pire avec des dyspareunies etc…

L’intérêt de connaître ces IST sera de pouvoir les diagnostiquer à temps afin de les traiter et d’éviter les complications qui sont :

  • Les grossesses extra-utérines (GEU)
  • Les avortements spontanés
  • La prématurité
  • L’infertilité voir la stérilité
  • Les cancers du col de l’utérus, le cancer ano-rectal et les cancers ORL liés au papillomavirus (HPV)

Il faut noter qu’il y a un nombre croissant de cas de syphilis congénitale, en rapport avec l’augmentation des cas de syphilis chez les mères. Enfin, il est important de rappeler que les IST vont faciliter la transmission du VIH :

  • En augmentant l’infectiosité chez les patients atteints du VIH
  • En augmentant la susceptibilité chez les patients non atteints

I – LES PRINCIPAUX SYMPTÔMES

Parmi les IST qui donnent des symptômes on en aura aussi bien chez les hommes que chez les femmes.

A – Les écoulements

Les écoulements peuvent avoir plusieurs formes :

urétrite (à gauche) et gonorrhée (à droite)

urétrite (à gauche) et gonorrhée (à droite)

  • Les urétrites : C’est un écoulement à travers le méat urétral, plus fréquent chez l’homme que chez la femme
  • Les leucorrhées : ce sont des pertes vaginales anormales qui n’ont rien à voir avec les sécrétions ordinaires (les « pertes blanches » qui sont physiologiques chez la femme avec des aspects différents en fonction du cycle, de la grossesse etc…). Elles vont être plus jaunes, plus vertes, plus épaisses, malodorantes etc…
  • Les maladie pelviennes : c’est lorsque les écoulements sont associées à des douleurs au niveau du bas du ventre, en général latéralisées (plus d’un côté que de l’autre)

Les écoulements vont plus fréquemment être retrouvées dans les infections causées par chlamydia, gonocoque, trichomonas, mycoplasmes, vaginoses (gardnerella)…

B – Les Ulcérations

Ce sont des plaies sur les parties génitales qui sont dues à :

  • L’herpès : La plus fréquente cause d’ulcération génitale
    Ulcérations et vésicules herpétiques dans l'herpès génital

    Ulcérations et vésicules herpétiques dans l’herpès génital

 

  • La syphilis
Ulcérations syphilis

Ulcérations et chancre syphilitiques

 

  • La lymphogranulomatose vénérienne (LGV) qui est du à un type de chlamydiae trachomatis différent de celui responsable des écoulements

ulcerations_lymphogranulomatose_venerienne

  • Le chancre mou et la donovanose : ce sont des maladies rares d’importation des pays d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique du sud et qu’on va souvent traiter comme un herpès mais qui ne passent pas.

 

C – Les symptômes Tumoraux

C’est tout ce qu’on va retrouver « en relief » sur les parties génitales notamment les condylomes (ou verrues génitales) causées par le papillomavirus.

condylomes

D – Les prurit

C’est quand « ça gratte » au niveau des parties génitales. Les causes les plus fréquentes sont la gale et les pédiculoses (= morpions).

 

E – Les signes extra-génitaux

Les IST n’ont pas uniquement des symptômes au niveau des organes génitaux. On pourra voir ainsi des atteintes au niveau :

  • Oculaire
    • Conjonctivite : Gonocoque+++
    • Ulcération cornée : herpès+++, chlamydia
Kératite herpétique

Kératite herpétique

  • Cutané :
    • Roséole, atteinte palmo-plantaire : syphilis
    • Érythème polymorphe : Herpès
    • Éruption pustuleuse : gonocoque (dans le cadre d’une septicémie gonococcique)
  • Articulaire :
    • Rhumatisme réactionnel secondaire à l’infection par chlamydiae
    • Arthrite purulente, polyarthrite
  • Hépatique : Chlamydiae, gonocoque
  • Méningé : Méningite herpétique

XV – PREVENTION

Il faut noter une recrudescence ces dernières années des IST, notamment chez les jeunes adolescents qui démarrent souvent leur sexualité sans préservatif, mais également chez les personnes âgées. En effet, l’avènement de la trithérapie a engendré un relâchement de la prévention ainsi que des comportements à risques chez les HSH (Hommes qui ont des rapports Sexuels avec les Hommes) et les sujets jeunes. Devant ce constat inquiétant, des stratégies de dépistage et de prévention se sont mises en place :

  • Au niveau collectif :
    • Communication et sensibilisation du grand public.
    • Education à la santé chez les jeunes.
    • Intervention auprès des populations les plus concernées et plus vulnérables
  • Au niveau  individuel :
    • Consultation, information et traitement prophylactique vaccinations.
    • Rôle des établissements : Il existe les CDAG (Centre de Dépistage Anonyme et Gratuit), les CIDDIST (Centre d’Information, de Dépistage et de Diagnostic des Infections Sexuellement Transmissibles), mais aussi les laboratoires publics ou privé 1.
    • Moyens de prévention : facile d’accès et peu onéreux voire gratuit

Circoncision et IST

Attention à ce que l’on peut entendre et lire. Il ne faut pas croire que la circoncision est la solution aux IST. La circoncision masculine permet en effet de diminuer la prévalence et l’incidence du papillomavirus chez la femme, grâce à une kératinisation du gland qui fait que l’homme porteur du HPV le transmettra moins facilement. La circoncision masculine permet également de diminuer les maladies ulcératives et par conséquent de diminuer de 50% la transmission du VIH de la femme vers l’homme. Cependant, elle ne diminue absolument pas la transmission du VIH de l’homme vers la femme ni l’incidence des maladies non ulcéreuses comme la syphilis et l’herpès. Sans compter les effets secondaires indésirables de la circoncision à type de mutilation sexuelle lorsqu’elle n’est pas faite dans des conditions optimales.

Livres pour aller plus loin

Les maladies sexuellement transmissibles - Michel Janier, Collectif

Les maladies sexuellement transmissibles
Michel Janier, Collectif

Dermatologie et infections sexuellement transmissibles - Jean-Hilaire Saurat, Jean-Marie Lachapelle, Dan Lipsker, Luc Thomas

Dermatologie et infections sexuellement transmissibles (1152 pages)
Jean-Hilaire Saurat, Jean-Marie Lachapelle, Dan Lipsker, Luc Thomas

BIBLIOGRAPHIE

  1. Sida Info Service : http://www.sida-info-service.org. Tel 0800 840 800

Un commentaire sur “Infections sexuellement transmissibles (IST) et sexualité

  1. dembele dit :

    Je suis ravi des cours

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