Symposium : Les conséquences des infections à HPV sur la sexualité

Publié le 9 juin 2019 dans la catégorie Formation

Dossiers :

12èmes assises de sexologie & santé sexuelle sous l’égide de la FF3S (Fédération Française de Sexologie et de Santé Sexuelle et des Associations fondatrices : l’AIUS (Association Interdisciplinaire post-Universitaire de Sexologie) et la SFSC (Société Française de Sexologie Clinique)

Partie 2 – Les conséquences des infections à HPV sur la sexualité

(Dr M. Veluire, gynécologue sexologue, Paris)

1) Une infection susceptible de toucher une majorité d’hommes et de femmes

L’HPV est l’infection sexuellement transmissible la plus fréquente. 75 % des hommes et femmes sexuellement actifs seront infectés par un HPV au cours de leur vie.

Cette infection est favorisée par la précocité des rapports, le nombre élevé de partenaires et les antécédents d’autres IST. Pour se transmettre, les contacts sont les rapports sexuels mais pas spécialement avec pénétration, les caresses génitales suffisent. La différence avec le HIV est que le virus est absent du sperme, de la salive et du sang. La contagiosité de ce virus est élevée : environ 70 %.

Au cours de la 1ère année de vie sexuelle, 30 % d’entre nous tous avons rencontré le HPV. Dans les 3-4 ans qui suivent le début de la vie sexuelle, 1 homme et 1 femme sur 2 (soit 50 %) seront infectés par au moins un type de HPV.

2) Le virus HPV et ses conséquences

Ce virus à ADN a un tropisme spécifique pour les épithéliums malpighiens non kératinisants : on en retrouve au niveau du col de l’utérus, de la vulve, du canal anal, de la verge et de la gorge.

Nous ne sommes pas tous égaux face le papillomavirus. En effet, 80 % d’entre nous sauront parfaitement avoir les défenses immunitaires pour s’en débarrasser (c’est la clairance qui se fait en 1 à 2 ans selon les études) ; 10 à 20 % d’entre nous n’ont pas ces moyens-là et auront des infections persistantes quel que soit le site (col de l’utérus, vulve, anus, gorge), ainsi que des maladies HPV induites. Néanmoins, on ne peut pour l’instant pas déterminer quelles personnes sauront se débarrasser papillomavirus et quelles personnes ne pourront pas.

Parmi les virus oncogènes, on retrouve principalement les HPV 16 et 18 dans les cancers des voies aérodigestives supérieures (VADS), de l’anus, de la verge et du col utérin. De même, ce sont les HPV 6 et 11 que l’on retrouve dans les papillomatoses des voies aériennes atteignant l’enfant et l’adulte, ainsi que dans les condylomes génitaux.

3) Les verrues génitales ou condylomes

Comme dit précédemment, les condylomes sont dus aux virus HPV 6 et 11. Ils concernent aussi bien les femmes que les hommes. Ils ne mettent pas la vie en danger mais ont beaucoup de conséquences sur la vie sexuelle du fait de leur importante contagiosité.

Comme toutes les verrues, elles s’éliminent spontanément en quelques années (souvent en moins de 2 ans). Or, c’est tout de même gênant d’avoir des verrues génitales pendant 2 ans et de se sentir contagieux.

Verrues génitales vulve et pénis
Condylomes vulvaires chez la femme
Condylomes vulvaires chez la femme

Concernant les condylomes, on peut lire différentes choses sur les forums. Bien souvent, ce problème est pris à la légère étant donné que les verrues génitales ne mettent pas la vie du patient en danger ; or, il faut savoir qu’elles mettent sa vie sexuelle en danger.

Les traitements pour retirer les condylomes sont longs et contraignants. On utilise des crèmes qui brûlent et il y a des récidives. C’est un endroit sensible et il est difficile de s’asseoir ou d’aller aux toilettes sans avoir de douleurs. Les patients atteints en viennent à ne plus faire l’amour, car ils se sentent honteux et sales du fait de savoir qu’ils sont contagieux.

4) La stabilité du HPV au cours du temps

Il y a 50 ans, on n’entendait pas autant parler de l’HPV et l’on ne trouvait pas de cancers de l’anus ou de cancers ORL HPV dépendants. Il n’y avait pas une telle propagation.

On a découvert que l’HPV 18 se cachait dans la tumeur cutanée de Marie d’Aragon (1503-1568), avec exactement le même génome. Il n’y a donc absolument aucune modification du génome du virus HPV.

Stabilité du virus HPV au cours du temps
Stabilité du virus HPV au cours du temps

5) L’évolution des comportements sexuels en France et l’émergence de nouveaux cancers des VADS

  • Lorsque l’on observe l’évolution des comportements sexuels, on remarque que l’âge du premier rapport a diminué : il est à l’heure actuelle de 17 ans chez les hommes comme chez les femmes.
Âge du premier rapport sexuel en France
Âge du premier rapport sexuel en France
  • En termes de nombre de partenaires :
    • en 1970, les femmes déclaraient 1,8 partenaire ;
    • en 2006, elles en déclaraient 4,4.
  • Les hommes, eux, sont toujours restés environ au nombre de 11 partenaires.

Même les hommes ont toujours déclaré plus de partenaires que les femmes, l’explication de cette différence est que les femmes ne déclarent pas tous leurs partenaires (seulement ceux auxquels elles sont « tenues »), alors que les hommes déclarent tous ceux auxquels ils ont eu affaire. Aujourd’hui, si cette enquête avait de nouveau lieu, on compterait probablement un plus grand nombre de partenaires chez les femmes.

  • En pratique, on remarque une évolution du sexe oral. Dans l’enquête réalisée par N. Bajos et M. Bozon était posée la question suivante : « Combien de fois avez-vous eu une expérience de sexe oral au cours de la dernière année de vie sexuelle ? ». Chez les jeunes, le sexe oral (le cunnilingus ou la fellation) a énormément évolué dans la tranche des 30-40 ans. Le sexe oral est devenu banal, normal, faisant partie de l’expérience sexuelle.

Il y a eu une réelle augmentation par rapport à 1992 : 70 % des personnes entre 25 et 49 ans déclarent avoir pratiqué cette activité souvent ou parfois au cours des 12 derniers mois.

Sexe oral en France
Sexe oral en France

Pour ce qui est de la sodomie, en 1992, on comptait 24 % des femmes et 30 % des hommes qui déclaraient en avoir fait l’expérience au moins une fois ; on est passé à 37 % et 45 % en 2006. Or, la sodomie reste une pratique occasionnelle : 12 % des femmes et 17 % des hommes de 20 à 49 ans la pratiquent régulièrement. Ce n’est pas une pratique banale, contrairement au sexe oral.

Le sexe oral est la seule explication face à la propagation exponentielle du papillomavirus

Dans les pays où des études de comportement sexuel ont été faites (USA, Danemark et Suède), on obtient les mêmes résultats : le sexe oral est devenu là-bas aussi une pratique normale et habituelle, et ce, de façon significativement différente entre les années 1950-1960 et les années 2010-2011. C’est la seule façon d’expliquer la propagation de ce papillomavirus.

=> On ne peut empêcher les gens de faire des cunnilingus et des fellations et l’on n’a pas de moyens (autres que la vaccination) permettant d’empêcher cette propagation.

6) Cas cliniques

Cas n°1 : Monsieur a des condylomes sur le pénis, quid de la transmission à sa partenaire ?

=> Les condylomes sont extrêmement contagieux. L’incubation des verrues génitales est estimée de 3 mois à 1 an, ce qui est très long. Le temps du traitement, l’abstinence semble le plus raisonnable, compte tenu du fait que les partenaires de personnes infectées développent des lésions HPV induites de l’ordre de 66 %. Si Monsieur a des condylomes, cela nécessite que Madame se fasse examiner (examen clinique + un frottis). Le préservatif ne protège qu’imparfaitement de la transmission puisque comme le papillomavirus est cutanéo-muqueux, ce sont les caresses génitales qui permettent à ce virus de se transmettre. Même s’il c’est difficile de prendre un traitement, il est logique de prôner l’abstinence en cas de condylomes pour des raisons évidentes. Néanmoins, tous les professionnels ne sont pas d’accord sur ce point, certains disent à leurs patients que le préservatif suffit. Or, cela dépend de comment les patients font l’amour : s’il n’y a que pénétration, il est possible d’avoir des relations avec un préservatif, mais au vu de l’évolution des pratiques sexuelles, l’abstinence est plus sage.

Cas n°2 : Madame a un CIN3 et doit subir une conisation : quid des relations sexuelles ?

=> Le CIN3 est une lésion pré-cancéreuse, que l’on appelait auparavant « dysplasie sévère », et qui nécessite un traitement chirurgical – même si elle peut se résoudre spontanément (on ne préfère pas prendre le risque). D’après les virologues, lorsque l’infection en est au stade de dysplasie sévère, voire de cancer in situ, l’ADN du virus a déjà été intégré à celui de la cellule hôte, donc il n’y a plus de virus circulant et donc pas de changement à programmer dans la sexualité. Ici, il convient de bien expliquer à la patiente qu’elle n’est pas contagieuse. D’autant plus lorsque le couple est exclusif depuis un certain nombre d’années, car par définition, si l’homme n’a pas présenté de lésions, c’est qu’il a probablement été infecté à un moment ou à un autre mais qu’il a clairé. Le problème du papillomavirus est qu’il est difficile de faire comprendre aux couples qu’en général, ils l’ont rencontré en début de vie sexuelle. Un grand nombre de ces couples se posent des questions sur la fidélité de leur partenaire alors qu’en règle générale, cette rencontre avec le HPV a eu lieu entre 10 et 20 ans auparavant. Il est primordial d’insister là-dessus pour maintenir le relationnel du couple.

Cas n°3 : Monsieur a un cancer ORL HPV dépendant : Madame est-elle exposée ?

=> Comme précédemment, il a été clairement montré que le virus n’était peu ou plus réplicatif au stade de cancer. À ce stade de la maladie, le virus a été intégré et est donc incapable de produire de nouvelles particules contaminantes. Le risque de transmission est quasi nul dans ce contexte. Les femmes vaccinées sont a priori protégées contre les cancers ORL dus à l’HPV, sachant qu’il faut 25 ans pour valider cela.

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