Le sexe en extérieur : fantasme, réalité ou déviance ?

Publié le 21 juillet 2019 dans la catégorie Actualités

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Dans notre pratique de sexologues libéraux nous sommes constamment confrontés à la question du Désir, désir sexuel, désir au sein du couple.

Nous sommes amenés à rencontrer en consultation des individus mis à mal dans leur sexualité car très souvent sous l’influence des idées véhiculées par les médias d’une « bonne conduite sexuelle » qui, la plupart du temps, n’est pas représentative de la sexualité de la majorité d’entre nous. 

C’est notamment en cette période estivale que de nombreux médias nous proposent une rubrique « sexo » en tout genre. L’été serait propice aux rencontres, à une libido décuplée, à de nouvelles expériences, et pratiques sexuelles et pourquoi pas dans des endroits insolites ?  

Ce point est lui-même sujet à controverse car nous savons finalement que la période de l’année pendant laquelle les français ont le plus de rapports sexuels est celle des fêtes de fin d’année, alors que près d’un Français sur deux connaît une baisse de libido à la saison estivale, en raison de la hausse du mercure 1.

Ces articles de « bien-être » nous enjoignant à avoir une sexualité toujours plus épanouie peuvent parfois créer l’exact inverse de leur but premier et conduire à des dérives, et à de fausses croyances sur la sexualité. Il est alors facile pour un bon nombre de personnes de s’imaginer que la vie sexuelle des autres est bien plus passionnante que la leur.   

Nous avons ainsi décidé de rédiger cet article afin de faire le point sur l’une des pratiques souvent évoquées en cette « chaude » période de l’année, à savoir le sexe en extérieur et de la différencier de ce que fantasme parfois les médias grand public. 

Un couple sur 2 a déjà tenté le sexe en extérieur

Grâce à des sondages et des études régulières, on connait les habitudes sexuelles des francais-es. On sait notamment qu’à peu près 40% des couples ont déjà tenté le « sexe en extérieur » : une étude IFOP 2 parue en 2017 montre que 42% des parisiens ont déjà eu un rapport sexuel dans un lieu public (mer, montagne, voiture etc.). Une autre étude un peu plus ancienne, 2012, réalisée sur la population française, trouvait un chiffre de 39%, soit à peu près équivalent.

On peut donc dire que c’est une pratique répandue puisque près d’un couple sur deux l’a déjà expérimenté ! Cependant, cela reste plutôt la réalisation ponctuelle d’un fantasme, davantage qu’une pratique régulière.

Car dans la majorité des cas, les rapports sexuels se déroulent chez soi ou dans un endroit privé : le lit demeure sans conteste l’endroit préféré des français pour faire l’amour, pour 79% des personnes interrogées 3

Mais cela ne nous empêche pas de fantasmer sur faire l’amour dans des lieux dits insolites (voiture, ascenseur, jardin public, forêt etc.), puisque c’est le fantasme d’une grande majorité de français (73% des femmes et 63% des hommes !). On voit donc bien grâce à ces enquêtes toute la différence entre fantasmer/s’imaginer et passer à l’acte ! 

Une pratique fréquente chez les moins de 25 ans… mais souvent liée à un problème de logistique

C’est une pratique qui est réalisée plutôt au début de l’activité sexuelle, chez les moins de 25 ans : plus d’un étudiant sur deux a déjà fait l’amour dehors ! Cela s’explique à la fois par le besoin de faire de nouvelles expériences, mais également par un besoin logistique, les jeunes n’ayant parfois pas toujours d’endroit privé à eux (étudiants qui vivent chez leurs parents par exemple).

L’étude IFOP de 2017 montre par exemple que le chiffre de 42% grimpe à 44% chez les moins de 25 ans et à 52% chez les étudiants. 

Braver l’interdit, plus qu’un désir de communion avec la nature…  

Ce que recherche la majorité des gens qui font l’amour en extérieur, est clairement l’envie (inavouée), d’être surpris. Avoir un rapport dans un lieu insolite ou public est le fantasme le plus fréquent (68% des français !). Cette pratique représente avant tout le fait de braver l’interdit de la relation sexuelle en public : c’est une pratique subversive, par rapport aux conventions sociales et aux lois établies (art. 222-32 du Code Pénal). 

On sait que le fantasme sexuel est d’autant plus opérant qu’il transgresse un interdit, un tabou. Par ailleurs il y autant de combinaisons de fantasmes, de désir, de plaisir que d’individus. Ce qui plait dans le fait de faire l’amour en extérieur, c’est donc à la fois l’excitation de la transgression, l’interdit, mais aussi l’excitation de prendre un risque (risque d’être surpris…). Finalement ce n’est pas tant l’envie de sexe « dehors » qui prime, mais celle de le faire dans un lieu « insolite », qui sorte de l’ordinaire, ou qui à l’origine n’est pas prévu pour cela.

Un symptôme de l’évolution de notre sexualité, qui tend vers une plus grande liberté, à ne pas confondre avec l’exhibitionnisme, souvent pathologique

La sexualité relève du domaine de l’intimité, de la sphère privée, mais l’intime est toujours politique, il fait écho à un cadre social ; en d’autres termes : on ne peut pas dissocier les pratiques sexuelles de l’époque dans lesquelles elles adviennent ! 4

Mais la vraie exhibition (c’est-à-dire le fait d’exposer de façon délibérée ses organes génitaux) est une pratique qui reste marginale, qui s’accompagne la plupart du temps d’autres troubles (de la personnalité notamment), et ne doit pas être confondue avec celle consistant à avoir un rapport sexuel dans un lieu insolite, public ou en extérieur.

Une possibilité de retrouver de la complicité dans le couple et de nouveaux fantasmes

Faire l’amour dans un lieu insolite, en respectant les règles sociales et la liberté de chacun bien-sûr, peut cependant créer un moment de complicité dans le couple. On peut envisager les choses de différentes manières : soit de façon spontanée, à l’instant T où un désir sexuel naît et que les circonstances sont réunies ou bien en ayant, au détour d’une balade, repéré un lieu propice à des ébats. En faire part à son partenaire et préméditer cette expérience peut aussi participer à créer du désir ! Cependant nul besoin de chercher à tout prix un « lieu insolite » pour pimenter sa vie sexuelle de couple, on peut simplement changer quelques habitudes et manières de faire dans sa vie sexuelle, tout en restant chez soi. 

Notes:

  1. Sondage Opinion Way réalisé pour la marque Climsom, sur la base d’un échantillon de 1013 personnes représentatif de la population française, âgée de 18 ans et plus.
  2. « Observatoire de la vie sexuelle des Parisiens : le sexe à Paris ». IFOP(blog). Consulté le 21 juillet 2019. https://www.ifop.com/publication/observatoire-de-la-vie-sexuelle-des-parisiens-le-sexe-a-paris/.
  3. Institut Trend Research, « Étude internationale sur la sexualité et les comportements érotiques », pour le site de rencontre Casual Dating, été 2012.
  4. Anne-Claire Rebreyend, Intimités amoureuses, France, 1920-1975, Toulouse, Presses universitaires du Mirail, 2008, 340 p.