Le vécu particulier de la masturbation par certaines femmes

Publié le 5 juillet 2016 dans la catégorie Enquêtes

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Source : Le Figaro

La majorité des hommes et des femmes rapportent une expérience et une vision similaire du plaisir solitaire. Mais pour une femme sur quatre, les choses sont plus compliquées.

Trois types de comportements apparaissent lorsque l’on évoque la masturbation. Deux sont communs aux hommes et aux femmes et le troisième est spécifiquement féminin. C’est la conclusion, statistique, d’une étude menée auprès de 3000 Suédois des deux sexes, âgés de 18 à 22 ans, sous la direction du Pr Eva Elmerstig, de l’université de Malmö, en collaboration avec ses collègues d’universités belges et allemandes 1.


Similitudes hommes-femmes

Commençons par les deux groupes mixtes. Le groupe 1 est plutôt «masturbation friendly», alors que le groupe 2 a une attitude plus négative vis-à-vis de la masturbation. Même divergence sur l’aspect «excitant» (groupe 1) ou «dégoûtant» (groupe 2) des fantasmes sexuels. Toutefois, les deux groupes affichent un taux élevé d’orgasme par la masturbation.

Près des 2/3 des hommes appartiennent au groupe 1 et 1/3 au groupe 2. Pour les femmes, le groupe 1 rassemble une femme sur deux et l’autre moitié se répartit de façon à peu près équilibrée entre le groupe 2 et le groupe 3. Qu’a donc de si particulier ce groupe 3, dans lequel les hommes n’entrent pas, et qui est loin d’être négligeable puisqu’il concerne près d’une femme sur quatre (23%)?

Difficultés orgasmiques

Au premier coup d’œil, les femmes du groupe 3 sont assez proches de celles du groupe 1. Elles ont une attitude positive vis-à-vis de la masturbation et des fantasmes sexuels. En revanche, «c’est dans ce groupe que le pourcentage d’orgasme pendant la masturbation est le plus bas», notent les auteurs de l’étude. «Ces femmes sont sexuellement actives et ouvertes d’esprit sur la masturbation et pourtant elles n’ont pas aussi souvent d’orgasmes que les autres (24% n’en ont jamais, alors que c’est le cas de 12% du groupe 2 et 0% du groupe 1), en particulier lors de la masturbation», remarquent le Pr Elmerstig et ses collègues.

On remarque également que 88% des femmes de ce groupe disent avoir moins facilement des orgasmes par la masturbation que lors des autres pratiques sexuelles avec un partenaire (82% du groupe 2 et 51% du groupe 1). Enfin, elles ne sont que 6% à déclarer avoir des orgasmes plus agréables en solo qu’en duo, alors que c’est le cas de deux fois plus de femmes du groupe 2 et quatre fois plus dans le groupe 1.

La masturbation progresse

Au total, tous groupes confondus, 19% des femmes et 12% des hommes disent avoir des orgasmes plus plaisants par la masturbation. Bien sûr, cela ne renseigne pas sur la satisfaction émotionnelle et affective de l’acte. Enfin, une femme sur trois et un homme sur quatre admet jouir plus facilement seul qu’avec un partenaire.

Le développement de la masturbation (ou de la facilité à la déclarer lorsque l’on est interrogé dans une enquête, impossible de trancher) a été noté récemment sur une population plus large, âgée de 16 à 69 ans, en Australie. Le Pr Juliet Richters et ses collègues de l’université de Sydney ont réalisé en 2013 la deuxième grande enquête nationale (la première datait de 2002) sur la sexualité des Australiens 2. «L’augmentation est observée dans toutes les classes d’âge», confirme au Figaro le Pr Richters. Si l’on regarde la proportion d’hommes qui disaient ne pas s’être masturbés au cours des 12 mois précédents, ils étaient 33% lors de l’enquête de 2002. Dix ans plus tard, ils ne sont plus que 26% dans la même situation. Tendance identique pour les femmes: 60% déclaraient ne pas s’être masturbées (les 12 mois précédant la question) en 2002, mais elles sont 54% dans ce cas en 2013.

Entre culpabilité et plaisir

La différence entre les hommes et les femmes est régulièrement notée dans les différentes enquêtes. La dernière enquête nationale britannique (16-74 ans) notait par exemple que 66% des hommes s’étaient masturbés au cours du mois écoulé pour seulement 33% des femmes. Une étude qualitative récente 3 à l’université de Virginie (États-Unis) a montré que la façon de concilier le dilemme entre stigmatisation et plaisir que procure la masturbation était vécue différemment par les hommes et les femmes. Autour de 20 ans, on trouve davantage de femmes (37,5%) que d’hommes (12%) qui ne se sont pas encore débarrassés du sentiment de culpabilité.

Notes:

  1. Driemeyer W, Janssen E, Wiltfang J, Elmerstig E. Masturbation Experiences of Swedish Senior High School Students: Gender Differences and Similarities. J Sex Res. 4 mai 2016;1‑11.
  2. Richters J, de Visser RO, Badcock PB, Smith AMA, Rissel C, Simpson JM, et al. Masturbation, paying for sex, and other sexual activities: the Second Australian Study of Health and Relationships. Sex Health. 2014;11(5):461‑71.
  3. Kaestle CE, Allen KR. The Role of Masturbation in Healthy Sexual Development: Perceptions of Young Adults. Arch Sex Behav. 4 févr 2011;40(5):983‑94.