Traitements de la dysfonction érectile après prostatectomie : bénéfiques ou dangereux ?

Publié le 1 septembre 2015 dans la catégorie Actualités

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Source : Medscape

Changement de perspective sur les inhibiteurs de la phosphodiestérase de type 5 (PDE-5) administrés pour le traitement de la dysfonction érectile (DE) : ces traitements, qu’un nombre croissant de données expérimentales faisaient classer comme antitumoral – au point que leur utilisation en oncologie était envisagée – pourrait au contraire favoriser le développement tumoral – au moins dans le cas de la prostate, mais il s’agit précisément d’une indication privilégiée.

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Nos données suggèrent que l’utilisation d’un inhibiteur de la PDE-5 après prostatectomie radicale pourrait favoriser la récurrence.

Le signal, qui doit encore être confirmé, provient d’une étude clinique allemande, portant sur près de 5000 patients 1. Le sur-risque de récidive après chirurgie, lié à l’utilisation d’un inhibiteur de la PDE-5, serait de 1,38.

« Nos données suggèrent que l’utilisation d’un inhibiteur de la PDE-5 après prostatectomie radicale pourrait favoriser la récurrence, caractérisée biochimiquement », concluent les auteurs.

« Des études supplémentaires, rétrospectives et prospectives, sont nécessaires pour confirmer cet effet et en élucider le mécanisme. Les prochains résultats seront d’une grande importance clinique puisque de nombreux patients utilisent des traitements de l’impuissance après prostatectomie radicale ».

Les effets antitumoraux (supposés) des inhibiteurs de la PDE-5
Un certain nombre de résultats expérimentaux suggèrent un effet antitumoral des inhibiteurs de la PDE-5. Cet effet serait médié par l’inhibition de cellules myéloïdes immunosuppressive. « Il a même été suggéré que ces résultats pourraient ouvrir une nouvelle indication de l’inhibition de la PDE-5, comme adjuvant immunologique dans le traitement de divers cancers », notent les auteurs de l’étude allemande. Chez l’animal, ou dans ces cultures cellulaires, des résultats encourageants ont notamment été obtenus contre le mélanome, et les cancers du côlon et de la prostate. Sur le plan clinique, les seuls résultats dont on dispose proviennent d’une étude rétrospective, suggérant une efficacité des inhibiteurs de la PDE-5 en prévention primaire du cancer de la prostate 2.

L’étude allemande porte sur 4752 patients consécutifs, atteints d’un cancer localisé de la prostate, et qui ont subi une prostatectomie totale à la Martini Clinic de Hambourg entre 2000 et 2010 (pT2 : 86,2% des cas ; pT3a : 10,3% ; > pT3b : 2,9%).

Chez ces patients, l’intervention avait permis de préserver bilatéralement les nerfs de l’érection. Par ailleurs, aucun n’a pas reçu de traitement hormonal ou radiothérapie adjuvante après l’intervention.

Après chirurgie, 23,4% de ces patients ont utilisé un inhibiteur de la PDE-5 : sildenafil, vardenafil ou tadalafil. « Les patients étaient inclus dans le groupe inhibiteur de la PDE-5 s’ils déclaraient une utilisation régulière, au moins durant la première année après chirurgie », précisent les auteurs.

Chaque patient prenant un inhibiteur de PDE-5 a été apparié à des patients non traités, par score de propensité. « Les deux groupes étaient comparables pour la plupart des paramètres cliniques », indiquent les auteurs.

Le suivi médian a été de 5 ans. Le critère de jugement était la récurrence biochimique, définie comme un PSA > 0,2 ng/ml et ayant augmenté après prostatectomie.

Dans ces conditions, une survie sans récurrence est observée chez 84,7% (IC95%[82,1%-87%]) des utilisateurs d’un inhibiteur de la PDE-5, contre 89,2% ([88,1%-90,3%]) des non utilisateurs.

L’analyse en régression multivariée montre que la prise d’un inhibiteur de PDE-5 est un facteur de risque indépendant de récidive biochimique, avec un risque relatif de 1,38 ([1,11-1,7] ; p=0,0035).

Par rapport aux données suggérant l’effet antitumoral d’inhibiteurs de la PDE-5, les résultats de l’étude allemande constituent un signal de sécurité. Evidemment, les auteurs insistent sur la nécessité de confirmer leurs résultats. Vu le nombre d’utilisateurs de ces traitements après chirurgie de la prostate il serait bon que la confirmation, ou l’invalidation, ne tarde pas.

Notes:

  1. Michl U, Molfenter F, Graefen et coll. Use of Phosphodiesterase Type 5 Inhibitors May Adversely Impact Biochemical Recurrence after Radical Prostatectomy. The Journal of Urology 2015 ; 193 : 479-483.
  2. Chavez AH, Scott Coffield K, Hasan Rajab M et coll. Incidence rate of prostate cancer in men treated for erectile dysfunction with phosphodiesterase type 5 inhibitors: retrospective analysis. Asian J Androl2013; 15: 246.