La testostérone améliore la fonction sexuelle des séniors et n’augmente pas le risque de cancer de la prostate ni de maladie cardiovasculaire

Publié le 8 mars 2016 dans la catégorie Recherche clinique

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Source : Vidal.fr

Des ambiguïtés persistent depuis des années sur les éventuels intérêts et risques de supplémenter en testostérone les hommes de plus de 65 ans qui présentent un déficit en testostérone.

Pour résoudre ces ambiguïtés, 7 études cliniques randomisées en double aveugle ont été menées aux Etats-Unis : les « Testosterone Trials ». Les résultats des 3 premières viennent d’être publiés dans le New England Journal of Medicine (NEJM). 1

Les résultats montrent que la supplémentation en testostérone améliore clairement les fonctions sexuelles et le désir, mais ne semble avoir qu’un effet bénéfique marginal sur la mobilité (évaluation par le périmètre de marche) et la vitalité (niveau de fatigue).

Par ailleurs, cette supplémentation ne semble pas augmenter le risque de cancer de la prostate ou de maladies cardiovasculaires.

Supplémentation par la testostérone après 65 ans : des résultats incertains jusqu’ici

Chez les hommes âgés, la diminution de la concentration sanguine de testostérone est concomitante de symptômes retrouvés lors d’hypoandrogénisme pathologique chez les hommes plus jeunes : diminution de la fonction sexuelle, de la mobilité, de la vitalité, de la densité osseuse ou encore anémie.

Pour cette raison, l’hypothèse du bénéfice d’un apport exogène de testostérone chez les hommes âgés présentant un faible taux de testostérone circulante est envisagée depuis de nombreuses années.

Jusqu’ici, les études avaient montré des résultats mitigés : si l’augmentation de la masse musculaire et la diminution de la masse grasse semblaient significatifs, les effets positifs sur la vitalité, la mobilité et la fonction sexuelle n’étaient pas systématiquement retrouvés.

Les « Testosterone Trials », 7 études randomisées vs placebo pour améliorer les connaissances sur cette supplémentation

Pour essayer d’y voir plus clair, et selon les recommandations de l’Institut de médecine américain, 7 études contrôlées versus placebo, les « Testostérone Trials », ont été menées chez des hommes âgés de plus de 65 ans.

Ils présentaient tous des taux sanguins de testostérone inférieurs à 275 ng/ml, sans autre raison que l’âge pour expliquer cette hypoandrogénie (le taux normal est supérieur à 350 ng/ml).

Chacune de ces études était centrée (critère principal d’évaluation) sur un bénéfice potentiel concernant :

  1. fonction sexuelle
  2. mobilité (augmentation d’au moins 50 mètres de la distance parcourue lors d’une marche de 6 minutes),
  3. vitalité (amélioration d’au moins 4 points sur l’échelle de fatigue FACIT),
  4. fonctions cognitives,
  5. anémie,
  6. densité osseuse,
  7. athérome coronarien.

Les participants pouvaient être inclus dans plusieurs études si leur profil remplissait les critères d’inclusion correspondants.

Dans chaque étude, les participants ont été divisés en deux groupes :

  1. un groupe expérimental appliquant chaque jour un gel transcutané de testostérone
  2. un groupe placebo s’appliquant un gel inactif.

Les quantités de gel actif ont été ajustés chez chaque patient pour obtenir un taux sanguin similaire aux taux observés chez des hommes âgés de 19 à 40 ans. Le groupe placebo était également ajusté au hasard pour éviter de troubler le double aveugle.

Sélection des participants aux premiers « Testosterone Trials »

L’article publié en février 2016 dans le NEJM par Peter J. Snyder et al (Université de Pennsylvanie) présente les résultats des études relatives à la fonction sexuelle, à la motricité et à la vitalité. 2

Ces trois études ont porté sur 790 hommes de plus de 65 ans (âge moyen 72 ans), à faible taux sanguin de testostérone.

Selon les évaluations des participants, par questionnaires, sur leurs capacités sexuelles, leur mobilité et une éventuelle fatigue ou dépression, ceux-ci ont été inclus dans une ou plusieurs études.

Les critères d’exclusion étaient essentiellement liés aux risques possibles d’une supplémentation en testostérone : antécédent ou risque élevé de cancer de la prostate, antécédent de maladie cardiovasculaire et dépression sévère.

Les études ont duré une année, avec un suivi d’un an après la fin de l’étude pour dépister d’éventuels effets indésirables tardifs.

Des résultats positifs sur la sexualité

L’étude portant sur la fonction sexuelle est la plus significative. L’administration de testostérone dans cette population améliore l’activité sexuelle (PDQ-Q4, p < 0,001), le désir sexuel (DISF-M-II, p < 0,001) et la fonction érectile (IIEF, p < 0,001).

Notons que la fonction érectile est améliorée à un moindre degré que dans les essais cliniques portant sur les inhibiteurs de la phosphodiestérase 5.

De plus, l’intensité des améliorations observées est directement proportionnelle au taux sanguin de testostérone (dans le groupe « testostérone », ce taux est redevenu normal, en moyenne, c’est-à-dire à un niveau comparable à celui retrouvé chez les hommes de 19 à 40 ans).

Par ailleurs les effets positifs sur la sexualité ont tendance à s’estomper au bout d’un an de suivi (cf. courbe en rouge ci-dessous) :

Activité sexuelle chez le groupe testostérone VS placebo au cours du temps.

Activité sexuelle chez le groupe testostérone VS placebo au cours du temps. L’intensité des améliorations observées est directement proportionnelle au taux sanguin de testostérone. Par ailleurs les effets positifs sur la sexualité ont tendance à s’estomper au bout d’un an de suivi.

Des résultats plus mitigés sur la mobilité et la vitalité

Les études portant sur la mobilité et la vitalité sont moins concluantes. Sur la mobilité (mesurée sur la distance parcourue en marchant pendant 6 minutes), l’étude dédiée à ce paramètre ne montre pas de différence statistiquement significative entre les deux groupes; Par contre, les données regroupées des 3 études montrent une légère augmentation de la distance moyenne parcourue dans le groupe « testostérone » (p=0.003).

Sur la vitalité, l’administration de testostérone n’améliore pas significativement l’humeur ou la fatigue, même si une légère différence positive est observée.

Des effets indésirables peu inquiétants

Si le taux de PSA a systématiquement augmenté chez les participants recevant de la testostérone, seulement trois cas de cancer de la prostate ont été diagnostiqués dans le groupe expérimental, pendant l’étude et lors de l’année suivante (un seul dans le groupe placebo).

Aucune différence n’a été observée en termes de maladies cardiovasculaires (63 % des participants étaient obèses et 72 % souffraient d’hypertension artérielle à l’inclusion), ce qui rejoint les analyses du CMDh (Groupe de coordination des procédures de reconnaissance mutuelle et décentralisées)

En synthèse

Les résultats montrent une amélioration intéressante de la fonction sexuelle et de son vécu, mais les auteurs concluent qu’il faudra attendre les résultats des 4 autres « Testosterone Trials » pour avoir une idée globale des bénéfices et risques d’une supplémentation en testostérone chez les hommes âgés de plus de 65 ans et qui présentent un faible taux de testostérone circulante sans autre raison que l’âge. A suivre donc !

Notes:

  1. Snyder PJ, Ellenberg SS, Cunningham GR, Matsumoto AM, Bhasin S, Barrett-Connor E, et al. THE TESTOSTERONE TRIALS: THE DESIGN OF SEVEN COORDINATED TRIALS TO DETERMINE IF TESTOSTERONE TREATMENT BENEFITS ELDERLY MEN. Clin Trials. 31 mars 2014;11(3):362‑75.
  2. Snyder PJ, Bhasin S, Cunningham GR, Matsumoto AM, Stephens-Shields AJ, Cauley JA, et al. Effects of Testosterone Treatment in Older Men. New England Journal of Medicine. 18 févr 2016;374(7):611‑24.