Souris : La douleur diminue la libido chez la femelle, mais pas chez le mâle

Publié le 4 juillet 2015 dans la catégorie Actualités, Recherche clinique

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Source : Maxisciences

Des tests sur des souris ont montré que les femelles en chaleur engagent moins d’activités sexuelles lorsqu’elles souffrent de douleurs. Les mâles ne prennent par contre pas la douleur en compte quand il s’agit de désir sexuel.

Visiblement, chez les souris, sexualité et douleur ne font pas bon ménage. Une étude menée à l’université de Montréal a en effet montré que la douleur réduisait l’appétit sexuel des souris femelles en chaleur, mais que cette sensation n’avait pas le moindre effet sur la détermination et la libido des mâles. Ces travaux ont été publiés dans la revue Journal of Neuroscience 1.

Pour arriver à de tels résultats, l’expérience s’est déroulée en deux temps. Pour tester les femelles, un sas de reproduction a été fabriqué. Une de ses sorties permettait le passage des femelles, mais restait trop étroit pour que les mâles puissent l’emprunter. Les souris femelles pouvaient ainsi décider du temps qu’elles voulaient passer avec leurs partenaires et pouvaient s’en aller à leur guise sans se faire suivre.

D’après les résultats obtenus, les femelles qui souffraient de douleurs inflammatoires ont clairement passé moins de temps que les autres dans la partie du sas accessible aux mâles. Mais lorsque ces souris se voyaient injecter un analgésique ou un aphrodisiaque, elles retournaient comme avant à la rencontre de leur Roméo.

Des mâles bien décidés

Les mâles testés avaient quant à eux un accès libre à des femelles en chaleur. Ceux qui souffraient des mêmes douleurs que les femelles n’ont pas montré le moindre signe de baisse de libido. Afin de ne pas limiter ce phénomène à une question de résistance à la douleur, les chercheurs ont vérifié auparavant que cette douleur était bien ressentie de manière identique par les deux sexes.

« Grâce à d’autres études nous savons que le désir sexuel des femmes dépend beaucoup plus du contexte que pour les hommes« , affirme le professeur de psychologie Jeffrey Mogil qui a participé à l’étude, « mais on ne sait pas si c’est dû à des facteurs biologiques ou socioculturels comme l’éducation ou l’influence des médias« .

Si certains pouvaient en douter, une douleur chronique comme la migraine fréquemment évoquée, ne s’agirait donc pas que d’une simple excuse pour les femmes. « Notre découverte que les souris femelles, elles aussi, montrent des inhibitions sexuelles dues à la douleur indique qu’il pourrait y avoir une explication biologique et évolutive à ce phénomène chez les humains. Ce ne serait alors pas simplement un effet socioculturel« , poursuit le scientifique.

Une sexualité souvent affectée

D’après l’équipe, ces travaux menés chez l’animal pourrait permettre de mieux comprendre les réponses sexuelles chez l’humain, et notamment ce qu’il se passe dans l’association entre douleur et désir sexuel.

« Les différences sexuelles en matière de réaction à la douleur ouvrent de nouvelles portes pour comprendre comment les réponses sexuelles sont organisées dans le cerveau« , explique l’expert en sexualité des rongeurs James Pfaus, lui aussi co-auteur de l’étude. « En fait, la popularité grandissante de la médecine personnalisée nous demande de comprendre comment certaines affections, ainsi que leur traitement, peuvent influencer la vie sexuelle des hommes et des femmes« , ajoute t-il.

L’effet des substances administrées dans l’étude aux souris pourrait aussi ouvrir la voie vers des molécules permettant d’augmenter le désir sexuel, précise Jeffrey Mogil. Reste que les études sur la douleur sont confrontées à un grand écueil : l’impossibilité de mesurer empiriquement ce phénomène. Il faut soit ruser comme avec les souris, soit se contenter d’une évaluation fournie par le patient lui-même.

Notes:

  1. Farmer, Melissa A. et al. “Pain Reduces Sexual Motivation in Female But Not Male Mice.” The Journal of Neuroscience 34.17 (2014): 5747–5753. PMC. Web. 3 June 2015.