Les dessous troublants de la flibansérine, le « Viagra féminin »

Publié le 24 septembre 2015 dans la catégorie Actualités

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Source : Le Monde

Le Monde note dans son cahier « science & médecine » que « l’agence américaine du médicament vient d’autoriser la commercialisation d’une molécule supposée raviver le désir féminin, au terme d’une intense campagne de lobbying ».
Le journal publie ainsi une « enquête sur un coup marketing », relevant sur deux pages qu’« après deux refus, les Etats-Unis ont autorisé une molécule contre les troubles de la libido, dont l’efficacité et l’innocuité soulèvent des questions ».

Le Monde explique que « la troisième tentative aura été la bonne pour la flibansérine, que le laboratoire américain Sprout commercialisera aux Etats-Unis à partir du 17 octobre sous le nom d’Addyi dans l’indication « traitement du trouble du désir sexuel hypoactif généralisé [HSDD, dans la terminologie psychiatrique américaine] chez la femme avant la ménopause » ».

« L’autorisation de mise sur le marché accordée le 18 août par la Food and Drug Administration américaine fait suite à deux rejets en 2010 et 2013, en raison d’une efficacité limitée et surtout d’effets secondaires sérieux (« baisse sévère de la tension artérielle » et syncopes) », précise le quotidien.

Le Monde observe que « cette balance bénéfices/risques n’a pas changé. Pourtant, soumise au lobbying intense de Sprout et accusée par une partie des organisations féministes d’avoir précédemment refusé d’accorder son feu vert par sexisme, la FDA a fini par céder. Elle révèle ainsi sa «vulnérabilité », comme le titre un éditorial de Nature du 27 août. Comment expliquer ce revirement, synonyme de jackpot pour le laboratoire Sprout  ? ».

Le journal cite notamment le Dr Janet Woodcock, directrice du Centre d’évaluation et de recherche sur les médicaments de la FDA, qui a déclaré que cette « approbation fournit une option de traitement autorisé aux femmes perturbées par leur faible désir sexuel. La FDA s’efforce de protéger et de promouvoir la santé des femmes, et nous nous engageons à soutenir le développement de traitements sûrs et efficaces pour la dysfonction sexuelle ».
« Une langue de bois qui reflète mal les doutes sur l’efficacité de la flibansérine et les certitudes sur ses effets secondaires », remarque Le Monde.

Le quotidien revient en détail sur le sujet et s’interroge : « La flibansérine apportera des bénéfices à un certain nombre de femmes aux Etats-Unis. Mais qu’arrivera-t-il à celles qui ne respecteront pas l’abstinence complète d’alcool, impérative pour un médicament à prendre chaque soir au coucher ? Que se passera-t-il lors d’une utilisation hors AMM, après la ménopause ou en cas de prise de médicaments susceptibles d’interagir avec la flibansérine ? ».
Le Monde évoque en outre ce moment, dans les années 2000, où « les troubles sexuels devinrent une maladie », ou encore se penche sur « l’intérêt des labos pour la libido », retenant que « l’autorisation accordée par la FDA marque une nouvelle étape dans la médicalisation de la sexualité féminine ».