Le sexe oral serait peu impliqué dans l’épidémie de cancers ORL

Publié le 25 novembre 2013 dans la catégorie Actualités

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Source : Medscape

L’incidence des cancers oro-pharyngés liés au HPV augmente, les relations sexuelles orales sont-elles en cause ? Deux études semblent indiquer que non, rassurant ! 19 juillet 2013

Cancers de l’oropharynx : une incidence en hausse

Ces dernières années, l’incidence des cancers de l’oropharynx a fortement augmenté. Le Pr Eric Deutsch de l’Institut Gustave Roussy l’affirmait à EuroCancer en 2011: « une proportion de plus en plus importante de cancers ORL, principalement de l’oropharynx (amygdale, voile du palais, base de la langue, vallécule), est liée à une infection à HPV, en l’absence d’intoxication tabagique ». Les virus HPV en cause sont les mêmes que ceux qui colonisent le col utérin, transmis par voie sexuelle. De fait, l’HPV doit être considéré comme « un facteur de risque de cancers oropharyngés indépendant de l’intoxication alcoolo-tabagique » 1.

Aux Etats-Unis, 30 % des cancers ORL seraient associés à l’infection HPV et cette prévalence est en constante augmentation. En France, on observe des données épidémiologiques comparables. Les auteurs de l’article du Lancet indiquent qu’aux Etats-Unis, Suède et Australie, le HPV16 serait même retrouvé dans plus de 50 % des cas 2. Par ailleurs, la prévalence des infections (et des cancers oro-pharyngés) est trois fois plus élevées chez les hommes que chez les femmes 3.

 

Suivi prospectif de plus de 4000 hommes

En juillet dernier est parue la vaste étude HIM s’intéressant à la survenue d’infections orales HPV chez les hommes dont les conclusions sont rassurantes.

« Aucune association significative n’a pu être retrouvée entre les pratiques sexuelles orales et l’acquisition d’HPV oncogènes après ajustement sur différents facteurs confondants » selon la chercheuse et première auteure de l’étude, Aimée Kreimer (National Cancer Institute, Bethesda, Maryland).

La HIM Study a inclus 4072 hommes n’ayant jamais rapporté de condylomes génitaux ou anaux, ni de diagnostic de cancers, de symptômes ou de traitement pour une infection sexuellement transmissibles (IST), HIV inclus. Tous avaient entre 18 à 73 ans, étaient issus du Brésil, du Mexique et des Etats-Unis. Le recrutement a été large de façon à inclure différents âges, comportements sexuels et risque d’infection.

A l’inclusion, les échantillons ont été récupérés après gargarisme et rinçage de bouche (rinse-and-gargle) et l’ADN, extrait, amplifié par PCR et génotypé. Les patients étaient revus tous les 6 mois lors d’une visite où ils complétaient un questionnaire (données socio-démographiques, consommation d’alcool, de tabac et pratiques sexuelles, nombre de partenaires , etc).

Des infections beaucoup plus rares en localisation oro-pharyngée

Au final, 1626 hommes ont été suivis sur 12,7 mois en moyenne. Résultats : après 1 an de suivi, 4,4 % des hommes avaient acquis une infection orale à HPV, 1,7 % un HPV oncogène, 0,6%, un HPV16 et 3, 4% un HPV non oncogène.

Mais de façon intéressante, ces infections orales étaient transitoires puisque la plupart avait disparu au bout d’un an.

L’acquisition d’une infection était plus élevée :

  • chez les hommes célibataires, divorcés, séparés ou veuf que chez ceux qui étaient en couple ;
  • chez les fumeurs et ex-fumeurs que chez ceux qui n’avaient jamais fumé ;
  • chez les bisexuels que chez les hétérosexuels ;
  • chez ceux qui avaient fait des études plus longues (16 années versus 12).

D’autres facteurs comme la consommation d’alcool, des relations sexuelles orales dans les 6 derniers mois, le nombre de partenaires n’ont pas été retrouvés comme étant associés à un risque élevé d’infection.

Les auteurs concluent donc que si les HPV sont à l’origine de cancers à différentes localisations du corps, l’histoire naturelle de la maladie diffère néanmoins d’un site à l’autre : l’acquisition d’infections orales à HPV apparait bien plus rare que les infections génitales, bien qu’elles semblent disparaitre au même rythme.

A noter : cette étude ne montre pas de recrudescence des infections chez les seniors comme d’autres essais, les auteurs proposent donc que, chez les plus âgés, ce ne soit pas l’incidence de l’infection qui soit plus élevée mais bien sa durée.

Une étude pilote chez des sujets avec un cancer oro-pharyngé à HPV

Une étude pilote, présentée à l’ASCO 2013, portait sur 166 patients ayant un cancer oro-pharyngé à HPV et 94 partenaires « durables ». Elle n’a pas retrouvé pas de risque accru d’infection à HPV après 1 an de suivi 4.

Un constat plutôt rassurant a déclaré le premier auteur de l’étude Gypsyamber DSouza du John Hopkins Bloomberg School of Public Health à Baltimore qui a rapporté lors d’un point presse que le sujet était tellement angoissant qu’il en devenait parfois une cause de divorce. Précisons que l’âge moyen des patients était de 56 ans, probablement proche de celui des partenaires.

« Les couples qui sont ensemble depuis plusieurs années ont déjà probablement partagé plusieurs infections à transmission sexuelle. De fait, aucune modification de leur vie intime n’est nécessaire » indique le Dr D’Souza.

 

 

Notes:

  1. Conférence de presse EuroCancer 2011.
  2. Kreimer AR, Pierce Campbell CM, Lin H-Y and coll, Incidence and clearance of oral human papillomavirus infection in men: the HIM cohort study. The Lancet, Early Online Publication, 2 July 2013 doi:10.1016/S0140-6736(13)60809-0
  3. Kreimer AR, Pierce Campbell CM, Lin H-Y and coll, Incidence and clearance of oral human papillomavirus infection in men: the HIM cohort study. The Lancet, Early Online Publication, 2 July 2013 doi:10.1016/S0140-6736(13)60809-0
  4. Kreimer AR, Pierce Campbell CM, Lin H-Y and coll, Incidence and clearance of oral human papillomavirus infection in men: the HIM cohort study. The Lancet, Early Online Publication, 2 July 2013 doi:10.1016/S0140-6736(13)60809-0