Le frottis c’est bien, mais le test HPV c’est mieux

Publié le 28 avril 2014 dans la catégorie Actualités

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Source : jim

Le troisième Plan cancer dévoilé il y a quelques jours prévoit la mise en place d’un dépistage organisé du cancer du col de l’utérus. Il s’agira vraisemblablement de généraliser le dépistage cytologique par frottis cervical triennal.

Des travaux récents tendent pourtant à démontrer que le dépistage basé sur la recherche du HPV (Human Papillomavirus) est plus performant que le frottis pour réduire l’incidence des lésions CIN 3 (néoplasies cervicales intraépithéliales) et détecte avant la cytologie les CIN de haut grade persistants. Il améliore ainsi la possibilité d’un traitement avant que la lésion ne devienne invasive. Quatre essais européens (Suède, Pays-Bas, Angleterre, Italie) ont obtenu des résultats concordants en ce sens. Ils n’étaient toutefois pas assez « puissants » pour déterminer si le dépistage basé sur le test HPV réduit aussi l’incidence des lésions invasives. Il s’agit pourtant bien là d’un objectif majeur du dépistage.

Les données de ces 4 essais ont été rassemblées et le suivi prolongé de 6,5 ans en moyenne, pour près des 180 000 participantes âgées de 20 à 64 ans. Elles étaient randomisées en 2 groupes, dépistées soit par frottis cervical, soit selon un protocole basé sur le test HPV. Durant cette période, 107 carcinomes invasifs ont été détectés.

Si l’on considère toute la durée du suivi, baser le dépistage sur le test HPV réduit significativement le nombre de cancers invasifs dépistés (0,60 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 0,40 à 0,89). A y regarder de plus près, la différence entre les deux groupes n’apparaît pas immédiatement.

Durant les 2 premières années, le nombre de carcinomes invasifs est en effetsensiblement le même dans les 2 groupes (rapport [ou Rate Ratio RR] des nombres de cancers invasifs dans le groupe HPV vs groupe cytologie 0,79 ; IC 0,79 à 1,36), mais la situation s’inverse ensuite et il apparaît alors une réduction de 60 à 70 % des cancers invasifs dans le groupe dépistés par le test HPV (RR 0,45 ; IC 0,25 à 0,81) par rapport à celui dépisté par frottis.

Les auteurs précisent que les protocoles basés sur le test HPV n’étaient pas les mêmes dans les 4 études, certains proposant une colposcopie systématique pour toutes les femmes testées HPV+, d’autres procédant à un triage par frottis préalablement à la colposcopie. Ils remarquent malgré cela une grande homogénéité dans les résultats. L‘analyse des données révèle aussi que le gain obtenu avec le dépistage basé sur le test HPV est au moins identique, voire supérieur, pour les femmes de 30-34 ans que pour les plus âgées.

Cette étude recèle enfin une autre information, concernant cette fois les intervalles de dépistage. En effet, l’incidence cumulative du cancer cervical est inférieure, 5,5 ans après un test HPV négatif, à celle observée 3,5 ans après une cytologie négative. Un intervalle de 5 ans entre chaque test paraît donc plus sûr que l’intervalle de 3 ans requis entre chaque frottis. Il s’agit là d’un argument de poids en cas de dépistage de masse et pas seulement d’un point de vue financier, mais aussi pour ce qui est de l’observance.

Dr Roseline Péluchon

RÉFÉRENCES: Ronco G et coll. : Efficacy of HPV-based screening for prevention of invasive cervical cancer :follow-up of four European randomized controlled trials. Lancet 2014; 383: 524-32.