Le cycle menstruel joue un rôle dans l’excitation

Publié le 19 février 2014 dans la catégorie Actualités, Recherche clinique

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Source : Le nouvel observateur

Pour tenter d’y voir plus clair dans les liens entre les comportements sexuels des femmes et leur statut hormonal, les scientifiques, dirigés par Salvatore Caruso, ont observé 1.180 femmes, sur plus de sept années de recherche. Les participantes, bénévoles et ne prenant aucune contraception hormonale, étaient divisées en deux groupes : les femmes en couple (ayant un partenaire régulier depuis au moins 6 mois) et les célibataires (sans partenaire stable ni occasionnel depuis au moins 6 mois). Ces femmes ont ensuite dû, tous les jours et pendant 36 jours d’affilée, remplir une « carte-journal » précisant :

  • le jour de leurs règles
  • le(s) jour(s) où elles avaient des fantasmes/désirs/une excitation sexuelle notable
  • le(s) jour(s) où elles se livraient à ces activités sexuelles : caresses, préliminaires, masturbation, coït vaginal, usage de sextoy
  • dans le cas des femmes en couple, elles devaient préciser qui, d’elles ou de leur partenaire, initiait ces activités

 

Par ailleurs, elles devaient remplir deux questionnaires, l’un évaluant leur fonction sexuelle autour de six éléments (désir, excitation, lubrification, orgasme, satisfaction et douleur), et l’autre portant sur d’éventuelles dysfonctions sexuelles. Enfin, les concentrations hormonales (oestradiol, globuline de liaison aux hormones sexuelles, testostérone) des participantes étaient mesurées par la méthode immuno-enzymatique ELISA, tandis que la détermination des phases menstruelles était effectuée par des tests sanguins et des mesures échographiques.

 

Résultat : le cycle menstruel et ses fluctuations hormonales ont bien une influence sur le comportement sexuel des femmes observées vu que, globalement, leur activité sexuelle s’intensifie avec l’approche de l’ovulation.

 

La sexualité davantage modelée par des facteurs psychosociaux

Mais le plus intéressant à voir dans cette étude, c’est cette intensification n’est pas la même entre les femmes en couple et les célibataires. En effet, ces dernières semblent plus « sensibles » aux hormones – la courbe connaît un très net pic au moment de l’ovulation et une très nette baisse au moment des règles, par exemple.

Pour les femmes en couple, par contre, les choses sont un peu plus complexes et on voit que leur sexualité semble davantage modelée par des facteurs psychosociaux. En particulier, elles sont bien plus promptes à augmenter leur activité sexuelle au cours du week-end – quand les deux partenaires ont le plus de chances d’être « disponibles » – ou pendant leurs règles – pour des raisons contraceptives.

En couple, les femmes initient plus souvent les activités sexuelles

D’autres observations, un peu plus secondaires par rapport à l’objet de l’étude, n’en sont pas moins intéressantes. Par exemple, les femmes célibataires se masturbent davantage que les femmes en couple (96% contre 27%) à l’approche de l’ovulation et les célibataires ont moins de difficultés à atteindre l’orgasme et ont moins de douleurs pendant leurs activités sexuelles que les femmes en couple.

Par ailleurs, 16% des femmes en couple déclarent aussi se masturber pendant le coït. Enfin, chez les femmes en couple, chose qui pourrait sembler « étonnante », les femmes initient plus souvent les activités sexuelles que leur partenaire.

Cette étude n’est (heureusement) pas parfaite

Cette étude est donc la première à être aussi complète et précise sur l’influence des hormones sur l’activité sexuelle féminine. Mais elle ne s’arrête pas là : entre les lignes, cette étude nous en dit aussi beaucoup des facteurs psychosociaux à l’œuvre dans la modulation de cette activité. Ainsi, alors qu’on pourrait croire que les célibataires sont davantage « libérées » de certains déterminants hormonaux et reproductifs, c’est en réalité l’inverse qui s’observe : les femmes en couple sont celles qui s’éloignent le plus d’un rythme sexuel dicté par des facteurs strictement biologiques.

Pour autant, cette étude n’est évidemment (et heureusement) pas parfaite : les auteurs regrettent de n’avoir pu, pour chaque participante, se pencher sur plus d’un cycle menstruel ou de n’avoir inclus dans leur cohorte que des femmes hétérosexuelles, sans dysfonctions ni troubles sexuels majeurs – cycles sans ovulation ou hyperandrogénie, en priorité.

Pour ma part, je remarque que toutes les participantes à cette étude ont un indice de masse corporelle dans la normale (entre 23 et 25), alors que l’on sait que la maigreur extrême et l’obésité modulent très fortement l’action des hormones sexuelles (Cf., par exemple, le récent « scandale » sur la baisse d’efficacité du Norlevo, la pilule du lendemain, chez les femmes pesant plus de 80 kg).

 

Autant de nouveaux facteurs à prendre en compte dans des études ultérieures, histoire d’y voir encore plus clair !