Et si l’addiction au sexe n’existait pas ?

Publié le 10 septembre 2013 dans la catégorie Actualités

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Source : Medscape

En mesurant l’activité cérébrale de volontaires présentant une hypersexualité et en la comparant à un modèle établi pour la toxicomanie, des chercheurs américains suggèrent que cette recherche continue et compulsive du plaisir sexuel serait plus lié au désir qu’à une forme de dépendance.

Selon les auteurs de l’étude, publiée dans Socioaffective Neuroscience and Psychology  1, la réponse du cerveau de volontaires à des images à connotations sexuelles était associée au désir sexuel, « pas du tout » à l’intensité d’une sexualité compulsive.

Une mesure de l’activité cérébrale par électro-encéphalographie (EEG) a montré chez un groupe d’hommes et de femmes déclarant une hypersexualité que l’onde d’amplitude P300 – une réponse du cerveau évaluée 300 milliseconde après stimulation – était plus élevée après visionnage des photos lorsque le désir sexuel était lui-même élevé.

Les chercheurs s’attendaient à ce que les réponses P300 soient également corrélées à l’intensité de l’hypersexualité, mais finalement, l’activité cérébrale associée n’affichait ni hausse, ni baisse, pour les quelque 200 images présentées.

« En d’autres termes, ce n’est pas l’hypersexualité qui explique la réaction du cerveau aux images, mais seulement une libido élevée », a souligné auprès de Medscape Medical News, l’auteur principal de l’étude, le Dr Nicole Prause, de l’Institut Semel for Neuroscience and Human Behavior (Université de Californie, Los Angeles).

Selon elle, si cette étude en vient à être reproduite, les résultats pourraient à termes remettre en question les théories actuelles concernant la dépendance au sexe.

225 images catégorisées

Pour vérifier si les interactions propres à la dépendance se retrouvent dans le cas de l’hypersexualité, les chercheurs ont observé l’activité cérébrale de personnes disant souffrir d’addictions au sexe, face à des images à connotations sexuelles. « Nous l’avons ensuite comparé à celle de toxicomanes face à la substance source de leur addiction », a indiqué le Dr Prause.

Au total, 52 volontaires (39 hommes et 13 femmes), âgés de 18 à 39 ans, ont été recrutés. Tous ont déclaré avoir des difficultés à contenir leur envie de consulter des images à connotations sexuelles. Ils ont été invités à remplir un questionnaire sur leur désir et leurs comportements sexuels, et à évaluer divers indices, tels que le Sexual Desire Inventory (SDI) ou le Pornography Consumption Effects Scale.

Un EEG a ensuite mesuré l’activité de leurs cerveaux lors de la visualisation de 225 images catégorisées comme neutre, désagréable, agréable et sexuelle ou agréable et non sexuelle. Une onde d’amplitude P300 a été enregistrée pour chaque image.

La seule corrélation significative trouvée entre les réponses aux questionnaires et l’intensité des ondes était entre le désir pour des relations sexuelles avec un partenaire, évaluée par le test SDI, et les scores d’amplitude P300 dans les conditions catégorisées comme neutres, ainsi que agréables et sexuelles.

Un problème d’impulsivité ?

« Les scores plus élevés relatifs à une hypersexualité n’étaient pas du tout associé à des réponses cérébrales plus intenses, contrairement à ce que qui est observé dans le cas de conduites addictives. Les problèmes d’hypersexualité ne peuvent donc être caractérisés en se basant sur un modèle établie pour l’addiction », a affirmé le Dr Prause.

Les chercheurs précisent que la dépendance sexuelle a été diagnostiquée chez des personnes présentant des symptômes, qui peuvent aussi  « être considérés comme une variation non pathologique d’un intense désir sexuel ».

Par conséquent, selon eux, « la gestion du désir sexuel, sans forcément tenir compte de ce qui caractérise également l’hypersexualité, pourrait être une méthode efficace pour réduire les comportements sexuels anxiogènes ».

Dans un communiqué, ils ont rappelé que l’hypersexualité ne figure pas dans la dernière édition du manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), la bible des psychiatres américains, alors que celle-ci est critiquée en raison de la multiplication des pathologies recensées.

Pour le Dr Prause, il convient de rester prudent face aux patients en leur rappelant que « le diagnostic de l’hypersexualité n’est pas correctement caractérisée et que les traitements sont par conséquent très controversés ». Elle suppose que l’hypersexualité serait davantage liée à une impulsivité ou à un simple problème de comportement.

De nouveaux protocoles à imaginer

« Cette étude est excellente car elle mesure l’amplitude de l’activité cérébrale en lien avec le désir sexuel », a affirmé auprès de Medscape Medical News, le Dr Kenneth Paul Rosenberg, directeur et fondateur du Upper East Health Behavioral Medicine, à New York, professeur en psychiatrie clinique (Weill Cornell Medical College Hospital, New York).

« C’est la première fois à ma connaissance qu’une étude s’intéresse à ce sujet. Elle contribue au débat sur l’existence de la dépendance au sexe, lancé depuis 100 ans ou plus, mais nous ne pouvons pour autant en tirer de conclusion sans conduire de nouvelles recherches », a assuré le médecin, également membre de la Society for Sex Therapy.

« Parler aux patients et mener des études épidémiologiques reste, selon moi, le meilleur moyen d’évaluer la dépendance au sexe », a ajouté le Dr Rosenberg, qui se déclare favorable au diagnostic de l’addiction au sexe, tout en reconnaissant que l’étude pose d’importantes questions.

Interrogé au sujet des commentaires des auteurs affirmant que les réactions du cerveau des participants ne pouvaient se calquer à un modèle de toxicomanie, le Dr Rosenberg a ajouté que les drogués du sexe « ne sont pas seulement excités par le sexe ».

« Une nouvelle étude pourrait donc se pencher sur ce qui excite vraiment les participants et leur montrer les images correspondantes. Les accros au sexe peuvent être tellement excités par quelque chose en particulier, qu’ils se retrouvent sans émotion face à d’autres images, même à connotations sexuelles », affirme-t-il.

Selon lui, « même si aucune étude physiologique ne pourra confirmer ou nier la dépendance au sexe, ces travaux représentent toutefois une avancée ».

L’étude a été financée par l’université de l’Idaho. Les auteurs n’ont déclaré aucun lien d’intérêt.

Ce sujet a fait l’objet d’une publication dans Medscape.com

Notes:

  1. Steele V, Staley C, Prause N, Sexual desire, not hypersexuality, is related to neurophysiological responses elicited by sexual images, Socioaffective Neuroscience and Psychology, publication en ligne du 16 juillet 2013.