La substitution en testostérone majorerai le risque cardiovasculaire

Publié le 19 novembre 2013 dans la catégorie Actualités, Recherche clinique

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Source : Medscape

Une étude américaine de 2013 montre que le traitement par testostérone est associé à une augmentation de près de 30% du risque de décès, infarctus du myocarde et AVC ischémique.

Attention : Information obsolète
L’information contenue dans le post ci-dessous date de 2013 et certains points ont été invalidés par des études plus récentes. Plus d’information ici : http://www.blogdunsexologue.com/news/traitement-par-testosterone-augmentation-du-risque-cardiaque-pas-demontree.html

 

La substitution androgénique par testostérone est associée à un risque accru de décès, d’infarctus du myocarde et d’AVC ischémique selon une nouvelle étude. Ce risque est d’environ 30% supérieur chez les hommes traités par testostérone par rapport à ceux qui ne le sont pas, selon la cohorte des patients d’anciens combattants (Veterans Affairs) ayant subi une coronarographie 1.

Une population avec de nombreuses comorbidités

Publiée dans le JAMA, l’étude a inclus 8709 hommes avec des taux de testostérone bas (< 300 ng/dL) ayant subi une coronarographie entre 2005 et 2011, dont 1223 ont reçu un traitement substitutif par testostérone. Les participants à l’étude avaient un taux élevé de comorbidités, 20 % avec des antécédents d’infarctus du myocarde, 50 % étaient diabétiques et plus de 80% présentaient une pathologie coronarienne. L’âge moyen dans le groupe sans testostérone était de 63,8 ans (vs 60,3 ans dans le groupe avec testostérone).

Après un suivi de 27 mois, 748 personnes sont décédées, 443 d’un infarctus du myocarde et 519 d’un AVC. Si l’on s’intéresse au critère primaire combiné de l’étude qui comprend les décès, les infarctus du myocarde et les AVC ischémiques, les résultats étaient les suivants :

Résultats sur le taux absolu d'évènement en fonction de la durée du suivi
Résultats à Groupe sans testostérone Groupe avec testostérone Différence des risques
1 an 10.1 % 11.3 % 1.3 % (IC 95% ; -7.1% à 9.7%)
2 ans 15.4 % 18.5 % 3.1 % (IC 95% ; -4.9% à 11.0%)
3 ans 19.9 % 25.7 % 5.8 % (IC 95% ; -1.4% à 13.1%)

Au final, le traitement par testostérone a été associé à une augmentation de 29% (p = 0,02) de décès, infarctus du myocarde ou AVC ischémique, sans modification du risque après ajustement sur la présence d’une pathologie coronarienne (certifiée par coronarographie, avec ou sans revascularisation).

L’étude n’a pas mis en évidence de différence significative, à 1 et 2 ans entre les 2 groupes, en matière de pression artérielle systolique, de taux de LDL, d’utilisation des bêtabloquants ou de statines.

Des résultats divergents

Jusqu’à présent, les études portant sur les effets CV de la testostérone avaient montré des résultats divergents. Si certaines allaient dans le sens d’une amélioration des facteurs de risque ou de critères intermédiaires cardiaques, il s’agissait toujours d’essais de petites tailles, de durées variables et ayant enrôlé des patients d’âges variés, précisent les auteurs. D’autres, en revanche, étaient plus alarmantes. On se souvient de l’étude Testosterone in Older Men with Mobility Limitations (TOM), chez des hommes de plus de 65 ans à mobilité réduite (74 ans de moyenne d’âge), et qui avait dû être arrêtée en raison d’effets secondaires cardiovasculaires 2.

Cette étude est donc la première, selon les auteurs, à suggérer que le traitement par testostérone puisse augmenter les événements cardiovasculaires alors que les risques évoqués avec la testostérone portent généralement sur la possibilité d’induire un cancer de la prostate.

Prudence de rigueur

Dans un éditorial, le Dr Anne Cappola (endocrinologue, école de médecine de l’Université de Pennsylvanie) se demande si « ces résultats sont généralisables à toute la population d’hommes prenant de la testostérone »  3? Une question d’autant plus importante que la testostérone est disponible et prescrite à environ 2,9 % des américains de plus de 40 ans dans 3 cas : déficit en testostérone, stratégie antivieillissement ou encore « boost » sur le plan physique. Des chiffres, il va sans dire, sans commune mesure avec la France, où la prescription de testostérone en cas de déficit lié à l’âge, reste marginale.

De plus amples informations sur les effets cardiovasculaires potentiels de la testostérone sont attendus avec l’étude randomisée Testosterone Trial in Older Men (NCT00799617) qui a inclus plus de 800 hommes âgés de 65 ans et plus, suivis pendant 1 an. Bien que l’étude n’ait pas été configurée spécifiquement pour étudier les évènements CV, elle devrait fournir des pistes, indique le Dr Anne Cappola dans son éditorial. Restera la question du risque sur le long terme. « Etant donné le volume de prescriptions et le marketing agressif des firmes commercialisant la testostérone, les médecins et les patients devraient se méfier », insiste l’éditorialiste. Selon elle, « les preuves de plus en plus flagrantes du risque CV lié à l’utilisation de testostérone, et auxquelles contribue cette nouvelle publication, doivent inciter à la prudence. »

Ce sujet a fait l’objet d’une publication sur Medscape.com

 

Notes:

  1. Vigen R, O’Donnell, Baron AE, et al. Association of testosterone therapy with mortality, myocardial infarction, and stroke in men with low testosterone levels. JAMA 2013; 310:1829-1835
  2. Basaria S., Coviello A.D., Travison T.G. Adverse Events Associated with Testosterone Administration. N Engl J Med. Published online June 30, 2010.
  3. Cappola AR. Testosterone therapy and risk of cardiovascular disease in men. JAMA 2013; 310:1805-1806.