La frustration sexuelle tue…

Publié le 17 décembre 2013 dans la catégorie Sexualité animale

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Source : futura-sciences

 

Chez les mouches drosophiles, les mâles vivent moins longtemps lorsqu’ils ont été aguichés par les phéromones sexuelles émanant d’une femelle et que celle-ci ne se montre pas aussi réceptive qu’elle en avait l’air.

Vivre ou se reproduire : souvent il faut choisir. De nombreux éléments scientifiques sous-entendent qu’engager de l’énergie dans la reproduction réduit l’espérance de vie. Mais chez les drosophiles(Drosophila melanogaster), on pourrait presque constater l’inverse. Pour ces mouches, le manque de sexe peut tuer, comme le montre une étude parue dans Science.

Le contexte : des odeurs qui modifient l’espérance de vie

La drosophile constitue l’un des plus célèbres modèles animaux utilisés par la recherche scientifique. Grâce à ces mouches du fruit, on en apprend davantage sur le système nerveux, les rythmes biologiques, les apprentissages et même sur les comportements addictifs. Une étude parue en 2012 établissait même que lorsque ces insectes étaient privés de sexe, ils étaient enclins à noyer leur chagrin dans l’alcool. La faute à une molécule cérébrale, le neuropeptide F (NPF), impliquée notamment dans le circuit de la récompense.

Plus récemment, les chercheurs ont eu l’idée de recourir à ces mouches pour répondre à une autre question : de quelle façon l’environnement sensoriel peut-il modifier les processus de vieillissement ? Bien complexe en apparence. Pourtant, ils ont obtenu des résultats concluants. Lorsque les drosophiles peuvent sentir l’odeur de la nourriture sans pouvoir y goûter, cela déclenche des mécanismes physiologiques forts. Face à cette abondance alimentaire inaccessible, les mouches entrent en restriction calorique, ce qui permet de vivre plus longtemps. Une manière de prouver que ce n’est pas l’apport alimentaire en lui-même qui modifie l’espérance de vie, mais l’interprétation que l’insecte se fait de son environnement à partir des informations sensorielles.

Scott Pletcher, de l’université du Michigan, et six de ses collègues, ont entrepris une démarche analogue, mais cette fois à partir des odeurs liées à la sexualité. Et dans ce cas, la longévité en prend un coup !

Parmi ces deux mâles, l'un a été rendu efféminé par l'ajout de gènes lui permettant de sécréter les phéromones normalement émises par les femelles réceptives sexuellement. Et cela fait tourner la tête de l'autre, au point de lui raccourcir l'existence.
Parmi ces deux mâles, l’un a été efféminé par l’ajout de gènes lui permettant de sécréter les phéromones normalement émises par les femelles réceptives sexuellement.
Et cela fait tourner la tête de l’autre, au point de lui raccourcir l’existence. © U-M Health System

L’étude : les drosophiles mâles frustrées meurent jeunes

Des drosophiles mâles ont été mises au contact d’autres mâles génétiquement modifiés pour sécréter des phéromones caractéristiques des femelles à la recherche d’un partenaire. Dans ce cas de figure, bien que les mâles soit alléchés, la copulation est impossible et les éconduits demeurent frustrés.

Les scientifiques ont examiné d’un peu plus près la physiologie. L’exposition à ces molécules odorantes fait monter en flèche la quantité de NPF. En découle une modification de l’activité d’au moins 188 gènes, impliqués à différents niveaux : la détection des odeurs, mais aussi lemétabolisme lipidique, ainsi que la réponse immunitaire ou au stress.

Certains de ces mâles ont été mis au contact de femelles et ont ainsi pu soulager leur tension. Le taux de NPF a alors chuté et ils se portaient bien. Pour les autres, éternels frustrés, ils ont commencé à voir leur santé décliner et à mourir de façon prématurée. En moyenne, leur vie a été raccourcie de 40 %. Un résultat auquel les scientifiques ne s’attendaient pas.

L’œil extérieur : la longévité tient au sexe

D’ordinaire, les études tendent à montrer que les animaux qui se reproduisent vivent moins longtemps que ceux qui ne copulent pas. De quoi ébranler un dogme bien établi ? Pas tout à fait. Car une drosophile qui s’accouple connaît une vie plus courte de 10 à 15 % par rapport à une autre qui ne fait pas de rencontre et donc n’est nullement affriolée par les phéromones.

L’approche d’une mouche femelle change donc le métabolisme des mâles, qui ne revient à son étatbasal qu’une fois la copulation accomplie. Dans le cas contraire, les mâles pillent leurs réserves adipeuses et voient faiblir leurs défenses immunitaires, un peu de la même façon que les humains stressés relarguent du cortisol qui affecte différents niveaux de l’organisme.

L’environnement contribue donc à la survie des drosophiles mâles, dont la longévité dépend des avances féminines. Ne leur reste plus pour eux qu’à espérer que celles-ci seront toujours disponibles lorsqu’ils viendront se présenter.