Fillettes et déja la chirurgie esthétique

Publié le 17 avril 2014 dans la catégorie Actualités

Dossiers : , , ,
Publicité

Source : Le figaro.fr

« Elles jouent encore à la poupée et rêvent déjà de chirurgie esthétique ». Une étude américaine révèle que, dès leur plus jeune âge, les fillettes sont soumises aux diktats de la minceur. Et aux Etats-Unis, elles sont chaque jour plus nombreuses à avoir recours à la chirurgie, de plus en plus tôt.

Quarante fillettes entre trois et cinq ans ont été soumises au même exercice : choisir une poupée parmi trois poupons semblables. Même visage, mêmes vêtements, seule différence, leur gabarit. Les petites filles avaient, en effet, le choix entre un modèle mince, « normal » et plus rond. Stupeur, elles ont plébiscité à 70% la poupée la plus svelte. C’est ce que révèle l’enquête réalisée par des chercheurs de l’Université de Rutgers dans le New Jersey et publiée en décembre 2013 par la revue Body Image. Les petites ont même involontairement poussé le vice jusqu’à attribuer des valeurs positives à cette dernière. Plus jolie, elle serait heureuse, épanouie et posséderait un cercle d’amis ultra développé. Contrairement à la plus ronde qui elle, serait triste, fatiguée et souffrirait de solitude. Il est surprenant de constater que de telles associations peuvent se former si tôt dans l’imaginaire d’un enfant. Plus dramatique encore, les conséquences qui découlent de cette construction mentale de l’image de soi.

Barbie comme modèle

Discours médiatique et publicitaire, pression des aînés… Les causes de cette obsession sont multiples. A la maison, les plus jeunes sont susceptibles d’être exposés à un message négatif véhiculé par leurs parents. La représentation individuelle du corps est alors biaisée face aux plaintes de la mère devant son miroir : « Regarde-moi ces bourrelets » ou face aux critiques du père : « T’aurais pas pris un peu de poids, chérie ? ». C’est sans compter la pression exercée par les médias qui exhibent, autant sur le petit écran que sur papier glacé, des mannequins longilignes et retouchées à coups de Photoshop. Et, pour couronner le tout, la poupée Barbie qui est, depuis sa création en 1959, le jouet par excellence des fillettes, est loin de tomber en désuétude. Nul besoin de rappeler les mensurations de la blonde élancée, plus proche du numéro gagnant 90-60-90 que d’un généreux 40. Lorsque l’on sait qu’elle se vend à plus de 80 millions d’exemplaires par an dans le monde et qu’aux Etats-Unis, 90% des fillettes âgées de trois à dix ans en possèdent au moins une, les résultats de l’étude publiée par l’université de Rutgers sont tout de suite moins étonnants.

L’ensemble de ces raisons explique, au moins en partie, la construction mentale de certains stéréotypes et ce, dès la plus tendre enfance. Un sondage réalisé en 2009 par Harris Interactive pour Top Santé, révèle que 63% des jeunes femmes françaises âgées de 15 à 24 ans souhaiteraient modifier l’apparence de leurs cuisses. Un constat d’autant plus grave que des complexes à la volonté de se conformer à une image idéale, il n’y a qu’un pas.

Modifier son corps : de la pratique à la théorie

La volonté de transformer son image passe d’abord par un travestissement joyeux : maquillage, nouvelle garde-robe… En France, cela s’arrêtait souvent là. Mais depuis quelques années, la chirurgie esthétique progresse et séduit des femmes de plus en plus jeunes. L’augmentation des actes de chirurgie esthétique sur mineures aux Etats-Unis, 130 000 opérations recensées en 2012 selon The American Society For Aesthetic Plastic Surgery est évocateur. En 2009, l’American Society of Plastic Surgeons compte 12 000 injections de botox sur de très jeunes femmes entre 13 et 18 ans. Au pays de l’oncle Sam, cette pratique est monnaie courante, et est devenue le cadeau par excellence des ados qui fêtent leur seize ans. Ou comment faire du Sweet Sixteen un Trash Sixteen. Au Brésil aussi, offrir une nouvelle paire de seins à sa fille lors de la grande fête de ses quinze ans, qui symbolise le passage à l’âge adulte, est de plus en plus fréquent. L’Europe n’est pas en reste. En Espagne, la moitié des implants mammaires se font sur des jeunes filles de moins de 21 ans. En France, si la plupart des opérations de chirurgie effectuées sur mineures concernent encore des actes réparateurs (oreilles décollées, rhinoplastie…), les médecins voient aussi apparaître des « caprices » esthétiques.

L’opération subie à l’âge de seize ans, c’est celle que l’on regrette

« Ne cherchez pas de chiffres, les praticiens en France ne vous en donneront pas», assène le docteur François Perrogon, Président de l’Association pour l’Information Médicale en Esthétique. « Si le nombre d’opérations réalisées sur les adolescentes augmente, cela reste marginal » ajoute-t-il. En France, un(e) mineur(e) peut avoir recours à la chirurgie esthétique dès lors que ses parents en donnent l’accord au médecin qui l’opère. François Perrogon compte encore sur le discernement des parents pour éviter certaines interventions. Pour les autres, qui se font poser des implants mammaires par exemple, les risques encourus vont de l’allergie à un produit au décès sur la table d’opération. « A seize ans, la demande formulée par l’adolescente est celle qu’elle pourra regretter à vingt-cinq. Je connais une patiente qui a subi cinq interventions en huit ans, les quatre dernières visant à réparer la première », constate le médecin. En réalité, quand on pense à la chirurgie esthétique, il y a un problème d’estime de soi.

L’estime de soi en question

A seize ans, Emma a déjà subi une rhinoplastie et ne cache pas son attrait pour la chirurgie : « J’ai fait retoucher mon nez parce qu’il était vraiment proéminent et ça me gênait au quotidien. J’avoue que j’aurais sûrement pu m’en passer », confie la jeune fille. Et d’ajouter, « Sachant que cette opération a été un succès, c’est tentant de recommencer et de toucher à d’autres parties du corps comme ma poitrine, trop petite à mon goût ou mes fesses, trop volumineuses ». L’Association des Réussites et des Ratés de la Chirurgie Esthétique, (ARCHES), créée en 1995 par Muriel Bessis, orthophoniste de profession et son mari, psychologue, voit de nombreuses jeunes femmes s’inquiéter de leur apparence. « Une mineure accompagnée de sa mère m’a clairement demandé comment procéder pour subir une liposuccion», s’inquiète Muriel Bessis. « Il y a souvent une blessure narcissique qui émane des parents et l’analyse portée par l’adolescente sur son propre corps et souvent déformée par cette souffrance », constate-t-elle. Avant d’avoir recours à la chirurgie, il faudrait donc impérativement être pris en charge par un psychologue. « La première intervention peut se comprendre mais ne se justifie jamais vraiment, il y a un problème psychologique au départ », rappelle François Perrogon. Un problème qu’un encadrement législatif approprié serait susceptible de résoudre.

Toujours pas de loi en France

L’accès des mineures aux opérations de chirurgie esthétique a fait l’objet d’un projet de loi. Déposée en 2010 à l’Assemblée Nationale par la députée UMP Valérie Boyer, il ne vise pas à interdire ces actes car cela pourrait « engendrer le tourisme de ces opérations vers les pays qui les autorisent » mais plutôt à les contrôler. En réalisant, notamment, des consultations préopératoires avec un psychiatre et des examens supplémentaires avec un deuxième chirurgien. Aujourd’hui, seule la loi Kouchner de mars 2002 fait foi dans l’encadrement de la chirurgie esthétique. Les praticiens doivent impérativement être des médecins qualifiés spécialistes en chirurgie plastique, reconstructrice et esthétique et un délai minimum de quinze jours doit être respecté entre l’opération et le rendez-vous avec le chirurgien qui la réalise. Aucune disposition spécifique donc sur les mineurs qui pourtant, « constituent un public particulièrement exposé, fragile et vulnérable et que les parents n’arrivent pas toujours à comprendre, convaincre ou canaliser ».

Par Juliana Bruno