En France, le déni face aux violences sexuelles

Publié le 18 mars 2015 dans la catégorie Actualités

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Source : Le quotidien du Médecin

En France, 1 femme sur 5 subit des violences sexuelles, mais aussi 1 homme sur 14. Malgré ce bilan glaçant, « le déni et la loi du silence règnent en maîtres ». Ce sont les conclusions d’une enquête ayant évalué l’impact au long terme des violences subies dans l’enfance. Première investigation nationale à donner la parole aux victimes, l’étude réalisée par l’association Mémoire traumatique et victimologie avec le soutien de l’UNICEF France, a interrogé (auto-questionnaire) 1 214 personnes dont 95 % de femmes.

Les enfants sont les plus exposés, et connaissent en général leur agresseur

Selon les résultats, 8 victimes sur 10 rapportent avoir subi les premiers sévices avant leur majorité. Pire, 1 sur 2 l’aurait subi avant l’âge de 11 ans, 1 sur 5… avant l’âge de 6 ans. Dans une majorité écrasante de cas, les agresseurs étaient des proches, voire des membres de la famille (plus de 50 % cas) – parfois eux – mêmes mineurs (1 cas sur 4).

Mais l’agression sexuelle par une personne connue n’est pas l’apanage des mineurs, puisqu’elle concerne également 77 % des victimes ayant subi des violences à l’âge adulte, de la part de supérieurs hiérarchiques, de médecins, de moniteurs d’auto-école… « Le viol qui hante l’imaginaire collectif de nos sociétés patriarcales, celui perpétré sur une jeune femme par un inconnu armé, dans une ruelle sombre ou un parking, est donc loin d’être représentatif de la réalité », dénoncent les auteurs du rapport.

Un impact sur la vie entière

Comme on peut facilement l’imaginer, ces agressions ont un impact sur le restant de la vie des victimes. Non seulement sur leur vie familiale, affective et sexuelle, mais aussi sur leur santé mentale. Les personnes interrogées rapportent être atteintes de trouble de stress post-traumatique (TSPT), de dépression, de troubles addictifs, et 42 % d’entre elles rapportent avoir déjà tenté de se suicider.

Et pourtant, leur droit à bénéficier de soins, d’informations, de protection et de justice leur serait régulièrement dénié. Côté médical : seulement 22 % des victimes interrogées auraient bénéficié d’une prise en charge rapide. Les gestes médicaux n’ont été expliqués qu’à 5 % d’entre elles et 6 % seulement ont reçu des soins pour leur TSPT. Or, on sait désormais que plus la prise en charge est précoce, moins les victimes développeront une mémoire traumatique par la suite.

« Il est urgent que les pouvoirs publics mettent en œuvre les moyens nécessaires pour protéger, accompagner et soigner efficacement toutes les victimes de violences sexuelles afin d’enrayer le cycle infernal des violences », déclare le Dr Muriel Salmona, présidente de l’association Mémoire traumatique et victimologie à l’occasion d’un colloque organisé sur le sujet ce lundi à Paris, dans le cadre de sa campagne Stop au Déni (http://stopaudeni.com).