L’échec patent du plan VIH 2010-2014

Publié le 30 avril 2016 dans la catégorie Actualités

Dossiers : , ,
Publicité

Source : egora.fr

Le Haut Conseil de la santé publique (Hcsp) vient de rendre public son évaluation du Plan National de lutte contre le VIH-sida et les IST 2010-2014. Le bilan est plutôt négatif avec des échecs dans certaines catégories de population à risque, notamment les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), un défaut de pilotage et un manque de coordination des actions ; mais quelques progrès sont enregistrés dans des domaines comme le dépistage.

Le Plan national de lutte contre le VIH-sida et les infections sexuellement transmises (IST) 2010-2014est le cinquième dans ce domaine. Le Haut Conseil de la santé publique (Hcsp), qui a été chargé de son évaluation par la Direction générale de la santé (DGS) d’octobre 2014, vient de rendre ses conclusions sous la forme de 38 recommandations, dont vingt-neuf portent sur la prévention, le dépistage, la prise en charge médicale, la prise en charge sociale et la lutte contre les discriminations, la surveillance et l’observation.

Ce rapport tient compte des deux évaluations menées à mi-parcours : celle portant sur le plan national de lutte contre le VIH-sida et les IST en direction des populations d’outre-mer, commandée en 2012 par la Direction générale des outre-mer (Dgom) et celle du plan national en France métropolitaine conduite en 2013 par le Conseil national du sida (CNS).

Le plan avait fixé des objectifs généraux chiffrés et très ambitieux, (réduire de 50 % l’incidence du VIH et du Sida, de 50 % la proportion de personnes découvrant leur séropositivité VIH au stade sida, de 20 % la mortalité liée au sida, diminuer les autres IST…). Pour les experts du Hcsp, ces chiffres avaient plutôt un objectif de mobilisation plutôt qu’un but épidémiologique réel. Leur réalisation n’est d’ailleurs pas évaluable. Il n’empêche que « malgré une politique volontariste, la baisse des contaminations n’a pas eu lieu » rapporte le texte. Et ce, en particulier chez les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), catégorie pour laquelle les experts parlent d’ »échec patent », du fait d’une augmentation des contaminations. Le plan a cependant contribué au maintien et à l’amplification d’actions de prévention, en particulier dans ces populations ciblées. Le Hcsp recommande donc d’améliorer et d’amplifier l’approche par population, et d’améliorer la coordination des actions de prévention.

Des progrès relatifs dans le dépistage

Le dépistage apparait comme l’un des rares points positifs du plan : « l’augmentation et le meilleur ciblage du dépistage sont bien réels », affirment les experts. Cependant, les effets sur la précocité du diagnostic parmi les nouveaux cas dépistés apparaissent encore limités. Les experts recommandent une révision rapide par la Haute Autorité de Santé (HAS) des recommandations concernant la stratégie de dépistage, et une augmentation de l’offre de dépistage du VIH mais aussi des autres IST, dans les populations exposées.

Sur le plan social, l’évaluation a fait ressortir la question des étrangers malades et les difficultés accrues pour la délivrance des autorisations de séjour pour soins, et l’affaiblissement du tissu associatif résultant d’une baisse des financements. Enfin les experts souhaitentque la nouvelle agence nationale de santé publique (Santé publique France) poursuive le renforcement de la surveillance épidémiologique du VIH-sida ainsi que celui de l’observation socio-comportementale de la population générale et des populations vulnérables.

Globalement, les auteurs du rapport jugent que le plan a montré sa pertinence en tant que document d’orientation de l’action publique. Cependant ils regrettent son manque de transversalité (aux autres ministères que celui de la santé, aux ARS, etc.), ainsi que son faible impact sur les autres IST, question qui est « restée non traitée alors même qu’une recrudescence des infections était signalée ».Enfin, ils considèrent que le pilotage du plan n’a pas permis les ajustements qui auraient été nécessaires.

Au terme de cette évaluation, le Hcsp considère comme essentiel de maintenir le VIH comme une spécificité de la santé sexuelle et des IST, devant être abordé avec des outils de prévention à part.