La drogue du sexe se répand en Languedoc-Roussillon

Publié le 20 juillet 2014 dans la catégorie Actualités

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Source : midilibre

Le phénomène de la drogue du sexe fait des ravages dans la région. Il touche surtout des hommes ayant des rapports avec d’autres hommes, pour des marathons sexuels de 24 h ou 48 h.

Le phénomène inquiète les médecins, et qui fait des ravages dans les milieux gays et festifs de la région : le slam. La pratique n’a rien de poétique : « Se slamer, c’est utiliser un produit psychoactif de synthèse, la méphédrone, à des fins de stimulation sexuelle. Le phénomène touche surtout des hommes ayant des rapports avec d’autres hommes, pour des marathons sexuels de 24 h ou 48 h », explique Hélène Donnadieu-Rigole, médecin addictologue au CHU de Montpellier, qui a vu arriver les premiers patients au début de l’année.

« C’est une substance qui colle à notre époque. On veut tout, tout de suite, très vite, très fort ».
Hélène Donnadieu-Rigole, médecin

Enchaîner les partenaires sexuels

Des trentenaires et des quadras stoppés par de graves problèmes de santé, après deux ou trois ans de pratique. Se “slamer” augmente considérablement la prise de risque dans la sexualité, avec des complications médicales liées à une exposition plus grande à de gros risques infectieux par des rapports non protégés et des injections répétées, le moyen le plus rapide de se donner des sensations et d’enchaîner les partenaires sexuels, jusqu’à cinquante dans le week-end.

La méphédrone, en vente libre jusqu’en 2010, année où elle a été classée comme stupéfiant par le ministère de la Santé, est aussi disponible en comprimés. On en achète très facilement sur internet, dans les backroom de boîtes branchées de Montpellier, sous le nom de méphédrone, “4mec”, “miaou miaou”… C’est ici que l’association Aides est venue recruter des “slameurs”, ainsi qu’en Ile de France, et à Perpignan, pour une des premières études consacrées au sujet, en juin dernier. D’autres sont en cours dans la région, site propice aux rendez-vous donnés sur des applications smartphone et des sites dédiés.

REPÈRES : des études en cours En l’absence d’étude sur le sujet, difficile d’évaluer l’importance de ces pratiques. Pour le professeur Jacques Reynes, patron du service d’infectiologie du CHU de Montpellier, c’est « un problème très préoccupant ». Il fait un lien direct avec l’augmentation, en 2012, des infections VIH dans la population homosexuelle dans la région après des années de baisse. « On voit des situations dramatiques », affirme le médecin, qui évoque ce patient qui aurait pu perdre son bras, suite à une série d’injections ratées. Son service vient d’envoyer une étude de cas à la revue scientifique américaine Aids, une première en France. Une étude de prévalence vient également d’être engagée dans l’unité.

Parfois des pères de famille aux vies apparemment rangées

« Ce sont des pratiques très développées dans une ville comme Londres. Elles arrivent à Montpellier parce que c’est une ville festive avec une forte communauté gay », observe Hélène Donnadieu-Rigole. Les gays, déjà les premiers à expérimenter l’ecstasy, la drogue qui fait tomber les inhibitions à la fin des années 80, et le GHB, la drogue du viol, ne sont pas les seuls concernés : « C’est très troublant. Ce sont souvent des gens qui travaillent toute la semaine, parfois des pères de famille aux vies apparemment rangées », souligne le médecin.

Du sexe qu’on consomme

Le week-end, ils basculent dans « un monde à part ». Les effets de la méphédrone, dont la formule chimique est dérivée de celle des feuilles du khat, connu en Afrique pour ses effets stimulants, sont bien identifiés : « Elle donne un sentiment de toute puissance, augmente le plaisir et les capacités sexuelles sur la durée, et décuple les sensations ». Par ailleurs, elle coupe le sommeil et l’appétit. « C’est une substance qui colle à notre époque. On veut tout, tout de suite, très vite et très fort. Là, c’est du sexe qu’on consomme ».

La convalescence sera longue

Les utilisateurs « n’ont pas l’impression d’être devenus toxicomanes » malgré les effets d’accoutumance, l’augmentation progressive des doses et la dépendance psychologique au produit. « Après un week-end de slam, on pense très vite au week-end suivant, on est en “manque” », explique Hélène Donnadieu. « La gestuelle de l’injection devient elle-même une dépendance ». Sans compter que ceux qui y ont touché imagineront vite que « sans méphédrone, ils n’arriveront pas à avoir un rapport sexuel satisfaisant ». La convalescence sera longue, sans produit de substitution à disposition.