De fréquents orgasmes apporteraient autant de bonheur qu’une augmentation de salaire

Publié le 30 août 2015 dans la catégorie Actualités, Recherche clinique

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Source : Le Figaro

Selon deux professeurs d’économie 1, avoir de fréquents orgasmes apporte autant de bonheur qu’une hausse de salaire de 130 %, mais si c’est le partenaire qui jouit, cela équivaut à une augmentation de 142 % !

C’est l’une des conclusions amusantes de Russell Smyth et Zhiming Cheng, deux professeurs d’économie enseignant respectivement à l’université Monash et à celle de Wollongong, en Australie. Ils viennent de publier, dans le Journal of economic behavior & organization, leur analyse des données d’une étude menée en 2000 auprès de 3821 Chinois.
«Notre principal résultat est que ceux qui ont plus d’activité sexuelle et une sexualité de meilleure qualité, mesurée à travers la fréquence des orgasmes et la satisfaction émotionnelle et physique, sont plus heureux», expliquent-ils. Avis à ceux tentés par l’infidélité : «Un autre résultat important est que le nombre de partenaire sexuel actuel optimal est de un». Plus étonnantes sont les analyses détaillées des activités sexuelles monétarisées en valeur fictive, «Shadow price» pour les économistes.

Les pratiques sexuelles sources de bonheur

La lecture attentive des résultats approfondis de l’étude, non publiés, nous apprend que ceux qui n’ont des rapports sexuels que deux ou trois fois par mois devraient doubler leur salaire pour être aussi heureux que ceux qui ont des rapports quotidiens ! Plus généralement, avoir des rapports sexuels aussi souvent qu’on le souhaite, ni plus ni moins, rend les hommes (mais pas les femmes) aussi heureux que de tripler leur salaire actuel. Les économistes ne donnent cependant pas la recette pour y parvenir.

Le niveau de revenu influence parfois les résultats obtenus. La masturbation contribue au bonheur des femmes ayant des revenus moyens ou élevés, mais n’a pas d’effet chez celles qui ont des bas salaires. Parmi les hommes, seuls ceux aux revenus moyens tirent du bonheur des plaisirs solitaires.

Certaines pratiques sexuelles n’augmentent pas le bonheur, sans que cela n’enlève rien au plaisir immédiat qu’elles peuvent procurer. Ainsi de la sexualité orale ou anale (donnée ou reçue), des positions en levrette ou en amazone (femme au-dessus) ou de recevoir des caresses sur les parties génitales. En revanche, les femmes, et elles seules, sont plus heureuses lorsqu’elles caressent celles de leur partenaire. Le baiser contribue au bonheur, des hommes et des femmes, ainsi que les caresses des seins féminins, données ou reçues.

La sexualité peu explorée en économie

L’idée de ce travail original est venue d’un constat : « Il n’y a qu’un seul article dans la littérature économique sur les relations entre la sexualité et le bonheur, expliquent Smyth et Cheng. C’est surprenant étant donné la place central du sexe dans la vie des gens ». Car il s’agit bien pour les économistes d’étudier la part que joue la vie sexuelle dans le bonheur général, et non pas seulement dans le plaisir immédiat, fugitif, dont chacun peut juger sans difficulté. Le bonheur est éminemment subjectif mais appréciable avec une bonne fiabilité scientifique.

Mais comment définir le bonheur? Pour l’un des fondateurs de la psychologie positive, Christopher Petersen, « une vie heureuse ou une vie qui apporte de la satisfaction implique que celle-ci soit à la fois source de plaisir, qu’elle ait du sens et que l’individu se sente engagé » (par exemple en ayant le sentiment que ce qu’il fait compte pour les autres, NDLR), rappelait récemment Rébecca Shankland et Charles Martin-Krumm, deux chercheurs français experts en psychologie positive, dans la revue Pratiques psychologiques. Il existe bien sûr de nombreuses sources de plaisir, pas seulement l’argent et le sexe, mais si les revenus font l’objet de nombreux travaux, la sexualité a été peu explorée en économie.

Le sexe, source durable de bonheur

A l’exception notable de David Blanchflower (Dartmouth College, États-Unis) et Andrew Oswald (Université de Warwick, Grande-Bretagne), deux économistes qui ont calculé en 2005 (sur une population de 16.000 Américains) qu’il existait un lien puissant entre vie sexuelle et bonheur, mais sans pouvoir trancher si c’était la sexualité qui contribuait au bonheur ou si c’était le bonheur qui favorisait une vie sexuelle épanouie.

C’est ce que viennent de faire Smyth et Chang. Dernière précision des économistes : contrairement à de nombreuses choses qui augmentent transitoirement le bonheur mais auquel on s’habitue vite, la sexualité peut être une source de bonheur durable. Rassurant.

Notes:

  1. Zhiming Chenga, Russell Smyth. Sex and happiness. Journal of Economic Behavior & Organization. Volume 112, April 2015, Pages 26–32. doi:10.1016/j.jebo.2014.12.030