Développement sexuel et psychosexuel de l’enfant et de l’adolescent

Robert DUBANCHET, psychanalyste et psychologue clinicien,
Expert des tribunaux

Pr Hervé LEJEUNE Professeur de Biologie et Médecine du Développement et de la Reproduction
Endocrinologue, Andrologue

Cours du 9 novembre 2012 11h-13

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PREAMBULE

La naissance est subie, tout comme la mort d’ailleurs dans 99,99% des cas (puisqu’il y a un taux de suicide moyen de 14,7 pour 100 000), ce qui fait qu’on ne choisi pas quand ni où on arrive sur terre. On a cependant une existence dans l’esprit de nos concepteurs.

La sexualité débute dès la naissance. Elle n’apparaît pas subitement à 17 ans au coin de la rue…
L’enfant, par exemple, est un théoricien en perpétuelle expérimentation à la recherche d’explications.

L’adolescent, lui, découvre la véritable sexualité. Mais sa sexualité ne sera pas la même que celle du jeune adulte, de l’adulte ni de la personne âgée.

LES INFLUENCES DU DEBUT DE LA VIE

Lors de la naissance, la toute première action est la découverte des organes génitaux externes du nouveau-né, auquel vient s’ajouter tout un code socio-culturel. Les premiers signaux venant de la mère et de l’entourage seront différents en fonction du sexe : façon de porter l’enfant et de lui parler, état civil, prénom, vêtements, jouets, couleur du papier peint de la chambre etc…

  • L’état psychique des proches : Il existe certaines pathologies qui vont être liées à l’état psychologique des géniteurs, par exemple si l’enfant est porteur de la culpabilité de ne pas porter le sexe espéré par les parents qui n’ont pas pu faire le deuil du sexe désiré.
  • Le social, ainsi que la culture, ont également un rôle.
  • Le traumatisme de la naissance : Selon Otto Rank, la naissance présente un traumatisme avec une agression lumineuse, sonore et termique avec une nécessité de s’adapter de manière brutale à un environnement hostile. Cette théorie est cependant controversée.

DEFINITION DE LA SEXUALITE INFANTILE

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La sexualité infantile est indifférenciée et peu organisée. Elle diffère de celle de l’adulte par trois points au moins :

  1. Nous adultes, sommes sensibles surtout au niveau des parties génitales et des zones érogènes (téton, bouche) mais le nourrisson lui est sensible de la même manière partout.
  2. Les buts de la sexualité infantile sont différents car elle ne conduit pas à des relations sexuelles. Elle comporte des activités qui plus tard joueront un rôle dans le plaisir préliminaire.
  3. La sexualité infantile a tendance à être auto-érotique plutôt que dirigée sur des objets. La masturbation chez les petites filles de 7-8 ans en début d’année scolaire est très anxiolytique et très fréquente. Elle cesse spontanément lorsque l’année scolaire est entamée et que les enfants ont pris leurs repères.

Il y a donc d’une part le plaisir lié à la manipulation des organes génitaux (qui ne permet pas l’orgasme avant la puberté) et d’autre part les jeux sexuels, liés à la curiosité et à l’observation du comportement des adolescents et des adultes.

CHRONOLOGIE DU DEVELOPPEMENT ANATOMO-PHYSIOLOGIQUE DES CARACTÈRES SEXUELS

1- DURANT LES 3 PREMIERS MOIS DE VIE

Dans les 3 premiers mois de la vie néo-natale on a une activation de l’axe hypothalamo-hypophysaire gonadotrope qu’on appellera « mini puberté », indépendant du sexe.

profils hormonaux de la naissance a la puberte

  • Chez l’homme on aura une sécrétion de testostérone correspondant à environ la moitié d’un adulte, ce qui représente une grosse imprégnation, sur activation de l’axe gonadotrope (FSH + LH). Il y a également une multiplication des cellules de Sertoli.
  • Chez la femme, il y a une sécrétion de LH et FSH mais pas d’oestradiol car les ovaires ne marchent pas encore.
  • Chez le rat, on se rend compte que cette imprégnation influe sur les caractères sexuellement dysmorphiques, en particulier sur le fonctionnement tonique ou cyclique de l’hypothalamo-hypophyse. On ne connaît en revanche pas le rôle de cette mini-puberté dan l’espèce humaine.

Ensuite on aura un repos de l’axe hypothalamo-hypophysaire entre le 3ème mois et la puberté.

2 – PENDANT L’ENFANCE

C’est une période neutre sur le plan hormonal, sans développement spécifique des organes génitaux.

  • Chez le garçon il va y avoir une augmentation de la taille de la verge et des testicules, lentement
  • Chez la fille augmentation de la taille de l’utérus et du vagin, lentement

En revanche sur le plan social il y a une mise en place du rôle et du statut sexuel avec des activités différentes pour les garçons ou les filles. Les bases du comportement sexuel se mettent en place du fait du développement cérébral et des interactions avec l’entourage et le monde extérieur.

3 – L’ADRENARCHE

C’est une sécrétion d’androgènes faibles sous forme de DHEA par la glande surrénale, appelée aussi « puberté surrénalienne », qui survient vers 6-7 ans chez la fille et 8-9 ans chez le garçon et dont le rôle est inconnu. D’ailleurs les signes cliniques sont également absents.

4 – LA PUBERTE

Elle est le résultat d’une activation hypothalamo-hypophysaire qui va être responsable d’un chamboulement hormonal et anatomique. Cette activation, on ne sait pas vraiment d’où elle vient : certainement de l’âge, peut-être aussi de la corpulence ou encore de l’ensoleillement…

Cela va entraîner une sécrétion hypothalamique pulsatile de GnRH (c’est-à-dire que l’hypothalamus va se mettre à synthétiser de la GnRh et à l’envoyer dans le système sanguin de manière pulsatile), qui va entrainer la sécrétion pulsatile de LH et FSH (par l’hypophyse), qui vont entrainer une activation gonadique (les testicules pour les garçons, les ovaires pour les filles).

Evolution du poids de l'appareil génital à la puberté

4.1 – Chez le garçon

  • La LH va agir sur les cellules de Leidig qui vont sécréter de la testostérone. Cette testostérone va être captée par les récepteurs androgéniques (après transformation en di-hydro-testostérone par une enzyme, la 5-alpha-réducatse) et par les récepteurs aux oestrogènes (après transformation en oestradiol par un mécanisme nommé aromatisation).
  • La FSH va agir au niveau du testicule pour mettre en place la spermatogenèse et donc produire des spermatozoïdes (sous contrôle également de la testostérone).
Les caractères sexuels primaires
    • Développement testiculaire : c’est le premier signe pubertaire, avec une augmentation du volume des testicules > 4 mL
    • Développement des organes génitaux avec croissance de la verge, pigmentation de la peau de la verge et du scrotum, plissement de la peau du scrotum…

Classification de Tanner chez le garçon

 

Les caractères sexuels secondaires
    • Croissance staturale : commandé essentiellement par les oestrogènes mais également par la testostérone qui agit sur les os
    • Modification de la taille du larynx responsable d’une modification de la voix
    • Développement de la pilosité avec une différence au niveau de la sensibilité des follicules pileux :
      • au niveau du triangle pubien et des aisselles il n’y a pas besoin de beaucoup de testostérone (c’est la pilosité ambosexuelle)
      • au niveau du thorax, de la ligne ombilico-pubienne et du visage (moustache-barbe) il faut beaucoup de testostérone. Cette pilosité est donc réservée aux hommes (et aux femmes atteintes d’hyperandrogénisme).
    • Développement de la prostate et des vésicules séminales : élaboration de liquide séminal → possibilité d’éjaculation

4.2 – Chez la fille

Sous l’effet des sécrétion de LH et FSH, la maturation des follicules ovariens progresse avec production d’une quantité croissante d’Oestradiol à partir de l’age de 10 ans.  Les ovaires produisent aussi une petite quantité d’androgènes.  La maturation folliculaire avance de plus en plus pour arriver progressivement à des cycles ovulatoire avec production de progestérone en phase lutéale.

Développement des organes génitaux
    • La fente vulvaire s’horizontalise
    • Le vagin devient sécrétant
    • L’utérus augmente de volume progressivement
Développement des caractères sexuels secondaires
    • Croissance staturale sous l’effet des oestrogènes : pic de croissance vers 11 ans, puis soudure des cartilages de conjugaison suivi d’un élargissement du bassin (qu’on ne retrouve pas chez les garçons). La taille définitive est inférieure à celle des garçons mais est atteinte plus tôt.
    • Développement mammaire sous l’effet des oestrogènes : débute vers 10-11 ans
    • Développement de la pilosité ambo-sexuelle sous l’action des androgènes : pilosité axillaire et pubienne avec une topographie triangulaire (premiers poils pubiens vers 10-11 ans).
    • Premières menstruations (=ménarche) vers 12-13 ans avec des premiers cycles souvent irréguliers et anovulatoires

Stades de Tanner chez la fille

 

CHRONOLOGIE DU DEVELOPPEMENT AFFECTIF DE LA SEXUALITE

A. Les périodes pré-génitales

Ce sont des stades qui précèdent l’organisation œdipienne, c’est-à-dire les stades se situant avant la réunification des différentes pulsions partielles sous le primat de la zone génitale. On distingue classiquement : l’oral, l’anal, et le phallique.

1. La période orale [1 an]

  • Elle est classiquement associée à la première année de la vie, mais s’étend bien au-delà.
  • La bouche est une zone de plaisir particulière qui est activée dès la naissance et même in-utéro (les bébés sucent déjà leur pouce dans le ventre de la mère).
  • Cependant la zone de plaisir oral s’étend bien au-delà de la bouche et comprend le carrefour aéro-digestif, les organes de la phonation, le toucher et la peau elle-même.
  • La bouche est l’objet original du désir du nourrisson avec la tétée. L’objet du plaisir est le sein maternel (objet partiel)
  • L’enfant est en état d’attente nostalgique d’un objet qui lui fait défaut et qu’il est incapable de se représenter jusqu’à l’âge de 3 mois et 4 jours.
  • C’est donc l’objet absent qui va faire défaut et être important tout au long de la vie.
  • Les pathologies liées à une fixation de ce stade seront les psychoses.

2. La période anale [2-3 ans]

  • Ce sont également les années consacrées à la maitrise ou à l’emprise, notamment les colères dans les supermarchés pour avoir un jouet, les bêtises en tout genre pour voir jusqu’où aller au niveau des interdits…
  • La source pulsionnelle corporelle à cette période de la vie est la muqueuse ano-rectale et sera une zone érogène partielle.
  • Le plaisir consiste à contrôler la défécation. L’objet est la mère.
  • Les pathologies liées à une fixation de ce stade seront les névroses obsessionnelles.

3. La phase phallique ou phase urétrale [4 ans]

  • Elle regroupe :
    • l’érotisme urétral, (plaisir à uriner, plaisir de rétention). La zone érogène prévalente ou source pulsionnelle est ici l’urètre avec le double plaisir de la miction et de la rétention
    • la masturbation infantile (qui passe souvent inaperçu aux yeux des parents – ou ils ne veulent pas la voir) : Pendant la toilette, les parents estiment être neutre, pourtant les enfants peuvent quand même être excités.
  • C’est à ce stade que se manifeste la curiosité sexuelle infantile ; par exemple, à 4 ans quand l’enfant va sous la table pendant le repas, ce n’est pas pour jouer avec ses Playmobil® mais pour voir entre les jambes des adultes.
  • L’enfant à cet âge va prendre conscience de la différence anatomique des sexes, c’est-à-dire la présence ou l’absence de pénis.
  • La prise de conscience de la différence anatomique par l’enfant est source d’angoisse et de questionnement (traumatisme).
  • Le plaisir est représenté par la région génitale dans le cadre de l’autoérotisme
  • L’objet sera le parent du sexe opposé
  • Les pathologies liées à une fixation de ce stade seront la névrose hystérique

B. Mise en place de l’identité sexuelle

  • L’enfant prend conscience de son sexe vers l’age de 2 ans (avant de parler) avec des choix de jeux ou d’habits differents pour les garçons et les filles.
  • Parfois il peut y avoir des troubles de la mise en place de l’identité sexuelle, dont on ne connait pas l’étiologie (c’est le transsexualisme)
    • il y a une discordance avec une conviction profonde d’être du sexe opposé à leur sexe biologique avec une demande de correction chirurgicale
    • c’est complètement du désir sexuel (ou homosexualite)
    • c’est une sorte de délire très structuré
    • la correction physique est plus facile que le changement psychologique (traitement hormono-chirurgical)

Le rôle sexuel

Ce sont les attitudes et comportements qu’un individu doit avoir vis-à-vis des autres en fonction de son sexe.
Exemple : un homme doit être viril (ne pas pleurer, faire des sports de combat et conduire des camions), une femme doit avoir de la féminité.
On a également des marqueurs de rôle sexuels : cheveux long et rouge à lèvre pour les filles…

Le statut sexuel

C’est la place qu’occupe un individu en fonction de son sexe dans une société donnée.
Par exemple il y a des professions qui vont être masculines (gendarme, pompier) ou plus féminines (coiffeuse, sage-femme).
Il y a également des interdits culturels selon le sexe (exemple en Arabie Saoudite les femmes n’ont pas le droit de conduite une voiture)
Il y a aussi des marqueurs du statut sexuel : uniformes différents pour les militaires hommes ou femmes…

A priori arbitraire, ces règles sociales ont en fait pour fonction d’amplifier la différenciation sexuelle.

C. Les théories sexuelles infantiles

L’enfant interprète les faits à sa façon en fonction de son vécu libidinal et imagine des théories sur le sexe :

  • Fécondation orale par ingestion d’un aliment miraculeux ou par le baiser,
  • Théories faisant appel à la miction et où le rôle de chacun des partenaires est mal précisé : uriner en même temps,
  • Théories mettant en jeu l’exhibition des organes génitaux,
  • Théories sur la naissance anale (en rapport avec les fantasmes et les intérêts du stade anal),
  • Théorie sur la conception sadique du coït  (également en lien avec le stade anal)

La scène primitive

C’est la scène au cours de laquelle l’enfant a été (ou a imaginé être) le témoin du coït des parents. Cette image a forcement été créée pour donner un sens à son existence.
Cette scène est la plupart du temps vécue par l’enfant comme sadique.
Le fait d’être exclu du commerce amoureux des parents induit chez l’enfant un sentiment d’abandon.

D. Les stades génitaux

Ils sont au nombre de 3 : La période œdipienne, la période de latence, la puberté avec l’adolescence

1. La phase oedipienne [4-7 ans]

  • Le complexe d’Oedipe est le point nodal qui structure le groupe familial et la société humaine toute entière (prohibition de l’inceste).
  • C’est la période de l’angoisse de castration dans les éventuels interdits parentaux quand à la masturbation. Face à cette angoisse, le garçon va se défendre, par le surinvestissement du pénis, la négation de la réalité du sexe féminin, par des souhaits de réparation magique et par la croyance en une mère pénienne idéalisée.
  • L’amour œdipien n’est pas un amour idyllique. C’est un amour doublement entravé : entravé de l’intérieur, car l’attirance pour un parent implique un certain renoncement à l’autre (tiers regretté) et entravé de l’extérieur par la menace de castration (tiers redouté).
  • La question du tiers est une question purement oedipienne qui est retrouvé plus tard dans les problèmes d’infidélité ainsi que dans les problèmes de venue du premier enfant.
  • L’amour oedipien est un amour entravé où il existe des émergences phobiques irraisonnées (peur de perdre l’amour du parent du même sexe en raison de la rivalité).

2. La période de latence [7-12 ans]

  • C’est une période conflictuelle où les intérêts vont pouvoir se déplacer, par exemple sur l’apprentissage (c’est à cette époque où on va introduire les mathématiques à l’école).
  • En réalité les conflits des stades précédents persistent en partie, mais se montrent moins chauds

3. La puberté et l’adolescence

  • Le développement sexuel parait reprendre exactement au point où il avait été abandonné à l’époque de la résolution du complexe d’Oedipe.
  • C’est une crise narcissique et identitaire avec notamment des doutes angoissants sur l’authenticité de soi, du corps, du sexe.
  • Sentiments de bizarrerie et d’étrangeté.
  • La masturbation reste toujours très culpabilisée et angoissante.
  • Des inquiétudes parfois vives se manifestent à propos du nez, des yeux, des cernes oculaires, sans parler du développement des organes génitaux eux-mêmes et de ses conséquences
  • C’est la période des premières pollutions nocturnes (= éjaculation), des premières menstruations, ainsi que l’apparition des caractères sexuels secondaires, la pilosité, la mue de la voix, etc..

CONCLUSION

Tous ces processus psychologiques s’effectuent de manière chaotique, avec des régressions temporaires et des reprises du développement qui viennent accroître l’ambiance de paradoxe permanent.

BIBLIOGRAPHIE

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