Les différents modes de construction de la personnalité

Robert DUBANCHET – Psychologue Clinicien
Expert Psychologue près la Cour d’Appel de Lyon et sa Région
Membre de l’Organisation Psychanalytique de Langue Française – IV Groupe
Membre de l’Institut d’Accompagnement Psychologique et de Ressources de Paris
Membre Titulaire de l’ AIUS – Association Interdisciplinaire post Universitaire de Sexologie
Chargé de cours à la Faculté de Médecine de Lyon

Cours du 14 décembre 2012 9h-11h

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I – LE DEVELOPPEMENT DE LA PERSONNALITE

C’est un processus psychique envisagé à partir de trois coordonnées :

  • dynamique
  • topique
  • économique

A- Le point de vue dynamique

L’énergie psychique est une composition ou combinaison de forces plus ou moins antagonistes, ce qui induit une résultante.
De manière plus élaborée, on peut entendre ce conflit comme la manifestation des dynamismes antagonistes des diverses instances de l’appareil psychique, entre elles et avec le monde extérieur, c’est à dire le Moi arbitrant entre ça, Surmoi et Réalité extérieure.

Il en résulte la formation de compromis. Cette notion se retrouve aussi bien dans la formation du symptôme, que dans celle du rêve ou de certains traits de caractère.

B – Le point de vue économique

L’énergie psychique circule, s’investit et se répartit entre les différentes instances, les différents objets ou les différentes représentations en fonction des états psychiques.

1 – L’état amoureux

C’est état psychique dans lequel l’énergie psychique est débordante.
On peut très bien ne jamais tomber amoureux, certaines personnes pouvant ne jamais connaître cet état sans que cela ne soit pathologique pour autant.
Cet état est du registre de l’inconscient puisqu’on ne décide pas de tomber amoureux ou non.
C’est un états psychologique qui peut être d’une grande violence et responsable le d’une grande souffrance avec l’existence de consultations post-traumatiques chez des personnes qui ont eu un traumatisme amoureux.
Sur le plan économique, il y a une montée de la valeur de l’objet désiré.

2 – La passion

C’est un et amoureux exacerbé où l’autre n’est plus à la fois objet et sujet mais uniquement objet. Il n’y à plus de souplesse psychique.
Le sujet va projeter son Surmoi sur l’objet :
– l’objet devra être conforme à son désir
– le sujet, lui, aura son mot à dire même si ça ne plait pas

LA PASSION EST TOUJOURS PATHOLOGIQUE (même si c’est quelque chose qui est valorisé par notre société). Dans la littérature, toutes les histoires de passion finissent par la mort.
Certains prétendent que la capacité à être passionné est lié à l’attachement à la mère mais en fait on ne sait pas trop.

3 – La séparation / le deuil

Après une séparation ou la perte d’un être aimé, toute l’énergie psychique qu’on avait investi se transforme en énergie flottante qui va être source d’angoisse. Cette énergie il va falloir la réutiliser ou la transférer.
Dans les conjugopathies (séparation) on cherche à trouver comment réinvestir l’énergie flottante : cela peut être en faisant des achats compulsifs, en restant sous la couette ou en trouvant un autre compagnon.

C – Le point de vue topique

L’énergie psychique est organisée en divers systèmes ou instances.
Le terme topique met l’accent sur la disposition spatiale ou quasi spatiale de ces instances.

1 – La première topique Freudienne (1895/1900)

premiere topique

Les instances psychiques sont divisées en processus primaire, pour lequel on ne décide rien, et qui est composé de l’inconscient, et en processus secondaire qui est composé du conscient et du pré-conscient.
Il existe un filtre entre le monde extérieur et le conscient, qui est notre capacité d’anticipation et notre vigilance, ainsi qu’un autre filtre d’accès à l’inconscient qu’on appelle la censure.
Cette censure du conscient se déroule en 2 étapes : il y a un premier refoulement vers l’âge de 7-8 ans puis un deuxième refoulement à l’entrée dans l’âge adulte.
Les souvenirs agréables sont dans le pré-conscient et les souvenirs psychologiquement douloureux ou dans l’excès on les refoule dans l’inconscient.

Lorsque l’on a des symptômes, c’est parfois lié au fait que l’inconscient ne tient plus son rôle.
Le traumatisme i terminent également lorsque la capacité d’anticipation est prise à défaut (accident de voiture sans voir venir l’obstacle etc).

2 – La deuxième topique (1920)

deuxieme topique

a – Le ça

Le ça se définit comme le pôle et le réservoir pulsionnel de l’appareil psychique, « La partie obscure, impénétrable de notre personnalité ».
Les lois qui le régissent sont les mêmes que celles de l’inconscient, à savoir : processus primaire et principe de plaisir.
Le principe de contradiction n’y existe pas, le ça ignore les jugements de valeur, le bien, le mal, la morale. A l’origine, tout était ça. Le Moi s’est développé à partir du ça sous l’influence persistante du monde extérieur.

b – Le Moi

Il va se construire entre les exigences pulsionnelles du ça, les contraintes de la réalité extérieure et les exigences du Surmoi. Le Moi se présente en médiateur chargé, en quelque sorte, des intérêts de la totalité du sujet et de lui donner une forme de cohérence (# schizophrénie).
Ce n’est pas une instance qui existe d’emblée à la naissance du sujet, il se constitue progressivement.
On est persuadés qu’on contrôle notre vie avec le moi, mais en fait il y a des forces en nous (le ça) qui remontent, sont travesties par le moi et sont justifiées ainsi.

c – L’idéal du Moi

Il est à rapprocher du Surmoi. C’est une instance psychique qui choisit parmi les valeurs morales et éthiques requises par le Surmoi celles qui constituent un idéal auquel le sujet aspire.
On le retrouve par exemple chez les étudiants en 7eme année de thèse très brillants mais qui n’arrivent toujours pas à la déposer car elle n’est pas parfaitement conforme à leur idéal donné par leur Moi, entraînant dépression et baisse de l’estime de soi. Il fait juste leur expliquer qu’une thèse est une photographie à un moment donné d’un travail, et que même si elle est obsolète dans 3 jours cela ne devrait pas atteindre leur narcissisme pour autant.

On ne sera JAMAIS conforme à l’idéal de ce que l’on veut être, on sera toujours en dessous, et c’est justement le fait d’être imparfait qui fait que l’on est agréable à côtoyer.

d – Le Sur-Moi

C’est l’instance de notre personnalité psychique dont le rôle est de juger le Moi. Il inhibe nos actes ou produit le remords et la culpabilité, “c’est l’instance judiciaire de notre psychisme”.
Il est au centre de la question morale. Le rôle interdicteur du surmoi a d’abord été joué par une puissance extérieure, par l’autorité parentale, scolaire etc…
Le petit enfant ne possède pas d’inhibitions internes, il obéit à ses impulsions et n’aspire qu’au plaisir. Le renoncement aux satisfactions pulsionnelles sera la conséquence de l’angoisse inspirée par cette autorité externe.

II – L’investissement

Nous avons vu que la vie psychique offre à considérer d’une part des représentations, d’autre par des affects qui leur sont liés.
Ce terme d’affect désigne l’aspect qualitatif d’une charge émotionnelle, mais aussi et surtout l’aspect quantitatif de l’investissement de la représentation de cette charge.
Le fait qu’une certaine quantité d’énergie psychique soit liée à une représentation mentale ou à un objet extérieur réel est appelé investissement.
L’investissement doit présenter une certaine stabilité mais aussi une certaine souplesse.

III – Le fantasme

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A – La fantasmatisation

C’est une activité mentale fondamentale dont le moteur est le désir, plus précisément le désir non satisfait dans la réalité. C’est parce qu’il est impossible au sujet de réaliser dans la réalité son désir, que le fantasme va naître.
Dans une structure dite normale, ou névrose légère, le fantasme sera agi lorsque son élaboration le rendra acceptable par le Surmoi et compatible avec la réalité.
Pour une structure névrotique sévère, une circonstance favorable à la réalisation du désir fantasmatique risque d’avoir un effet traumatique et peut entraîner l’apparition de symptômes.
Le psychotique, quant à lui, hallucine son fantasme, nie la non-concordance entre la réalité et celui-ci.

B – Les fantasmes originaires

Il s’agit de scénarios imaginaires qui ont pour caractéristiques de se retrouver avec une extrême fréquence, et de chercher à répondre aux grandes énigmes contre lesquelles buttent l’enfant.

Ils ont essentiellement pour thèmes:
– La procréation, la scène du coït des parents
– La séduction de l’enfant par un adulte
– La castration
Laplanche et Pontalis font remarquer que ces trois thèmes veulent apporter une réponse aux problèmes des origines : origine de l’individu, origine de la sexualité, origine de la différenciation sexuelle.

IV – Le couple

Le choix du partenaire sexuel dans le couple se fait selon deux possibilités, parfois intriquées :
– par narcissisme : c’est «un type de choix d’objet qui s’opère sur le modèle de la relation du sujet à sa propre personne» (J. Laplanche et J.-B. Pontalis)
– et/ou par étayage : c’est «un type de choix d’objet où l’objet d’amour est élu sur le modèle des figures parentales en tant qu’elles assurent à l’enfant nourriture, soins et protection » (J. Laplanche et J.-B. Pontalis)

V – La pulsion sexuelle non satisfaite

 

A – Les symptômes

Souvent ce sont des symptômes (voir des plaintes lorsque le symptôme mène à une consultation) qui laissent penser que la pulsion sexuelle n’est pas satisfaite.
Ces symptômes peuvent prendre n’importe quelle forme dont on peut citer une liste non exhaustive (Abstinence – Abus – Addiction, Compulsion – Angoisse sexuelle – Aversion – Crise – Délit sexuel – Ejaculation Précoce – Exhibitionnisme – Fétichisme – Frotteurisme – Inceste – Jalousie – Pédophilie – Transsexualisme – Transvestisme – Traumatisme – Trouble de l’érection – Trouble du désir – Vaginisme – Violence conjugale – Conjugopathie – Voyeurisme – Zoophilie – etc…)

B – Les mécanismes

L’origine de cette pulsion non satisfaite remonte aux mécanismes intra psychiques :

1 – L’inhibition

Elle exprime une « limitation fonctionnelle du Moi ».
Dans le cadre de la sexualité, l’inhibition traduit un conflit lié à l’interdiction surmoïque de voir s’exprimer ou réaliser des pulsions inconscientes de source sexuelle.

2 – Le refoulement

C’est l’opération par laquelle le sujet cherche à repousser ou à maintenir hors du champ de sa conscience des représentations (pensées, images, souvenirs imprévus) liées à la pulsion.

C – La frustration

La pulsion sexuelle non satisfaite aboutit à un ensemble de réactions complexes appelé frustration.
Certains sujets vont développer des aménagements psychiques dans le but de compenser cette frustration : déplacement, sublimation, régression, projection, compensation…
Cependant la réaction humaine la plus commune à la frustration est l’agressivité…

VI – Ethique et morale

L’éthique recouvre la réflexion morale sur les valeurs, ici en matière de sexualité. Avec la sexualité, nous sommes au cœur du conflit moral entre hédonisme et ascétisme. En cela l’éthique personnelle interfère dans les attitudes thérapeutiques.

  • Souci normalisateur
  • Hédonisme forcené – « tyrannie de l’orgasme »

VII – En conclusion…

Qu’est-ce que l’amour ?

  • Platon, dans Le Banquet. L’amour est désir, et le désir est manque. « Ce qu’on n’a pas, ce qu’on n’est pas, ce dont on manque, voilà les objets du désir et de l’amour. »
  • Aristote : « Aimer, c’est se réjouir », idée que reprendra Spinoza, quelques vingt siècles plus tard. « L’amour est une joie qu’accompagne l’idée d’une cause extérieure ». Autrement dit, aimer c’est se réjouir de.

Si quelqu’un vous dit « je t’aime », mais s’avère être platonicien, son « je t’aime » signifie en vérité « tu me manques, je te veux ». Donc il demande tout, puisqu’il vous demande vous-même.
nAlors que si quelqu’un vous dit : « je t’aime » en un sens spinoziste, cela veut dire : « tu es la cause de ma joie, je me réjouis à l’idée que tu existes ». Il ne demande rien puisque votre existence suffit à le convaincre et à le satisfaire.

 

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Un commentaire sur “Les différents modes de construction de la personnalité

  1. Martin z tania dit :

    Bonjour, si vous permettez le paragraphe 6 sur l’éthique laisse perplexe sur ses raccourcis et malentendus dans ce qui est notamment affiché..l’éthique aussi radicalement dit que proposé ne recouvre en aucun cas la morale..les socles fondateurs autant que finalités se distinguent de manière tout à fait différenciée. Cette proposition laisserait elle entrevoir les limites , bords et nouages entre la conciliation de certains impossibles entre le juridique et la psychanalyse, la place de l’autre et des multiples…il faut toujours rester très vigilant quand l’étiquette établie commencerait en analyse à trop servir à justifier, se justifier…une condition certes, celle de ne pas faire de l’esthétique un rabattement médiocre vers la sublimation tant happée par la névrose, et encore moins confondre la loi du père voire la loi du père névrosé..osons reperer combien l’adjectif pourtant accroché au symbolique tombe aussi vite dans le blanc de l’oubli.. avec la loi des peres. Dans votre registre ce paragraphe fait pourtant majeur..note majeure…pour ma part que dirais je..pourtant très subtile je reste en effet du côté du fada…à suivre…

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