L’argent, source du plaisir sexuel ?

Publié le 16 février 2014 dans la catégorie Actualités

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Source : Le Figaro

Plusieurs études publiées récemment établissent un lien étroit entre salaire, statut social et épanouissement sexuel. Un constat qui est loin de faire l’unanimité en France.

Une enquête publiée en Espagne et menée sur près de 10 000 personnes révèle que les femmes appartenant aux classes moyennes sont plus épanouies sexuellement que leurs congénères ayant des revenus plus modestes. Aux États-Unis aussi, des chercheurs de l’université d’Anglia Ruskin ont établi un lien entre le salaire et la fréquence des rapports sexuels. Les personnes ayant une vie intime trépidante, celles qui ont au moins quatre rapports hebdomadaires par exemple, gagneraient en moyenne 5% de plus que les autres. Alors, orgasme garanti pour les plus riches ?

Avec un revenu élevé et un bon statut social, les femmes seraient plus indépendantes et donc, plus à même d’explorer et d’exprimer leurs besoins sexuels. Certes. Une étude menée par les sociologues Nathalie Bajos et Michel Bozon prouve que l’appartenance à une classe sociale influence effectivement certaines pratiques, mais ne dit rien du plaisir personnel. Leur enquête, menée auprès de 12 000 sujets féminins, âgés de 25 à 49 ans, illustre la dichotomie qui existe entre les femmes issues du monde ouvrier et agricole et celles qui évoluent dans des milieux dits « intellectuels ». Ainsi 20% des femmes interrogées issues d’un foyer modeste n’auraient jamais pratiqué le sexe oral, contre 2% des femmes issues d’une classe sociale aisée. Même constat avec la masturbation : 46% des interrogées appartenant à un milieu défavorisé s’y adonneraient contre 85% des « intellectuelles ». Et pour cause, dans l’article « Sexualité et appartenance à l’âge adulte », paru en 2012, Michel Bozon pointe du doigt un phénomène étonnant : les personnes de milieux favorisés se veulent souvent bien plus ouvertes et plus imaginatives en matière de sexe que celles issues des classes inférieures, qu’ils considèrent comme conservatrices.

Sur son blog, intitulé Les 400 culs, Agnès Giard décrypte l’imaginaire autour des nouvelles pratiques sexuelles. La fellation serait, par exemple, considérée comme un acte d’émancipation par les femmes instruites tandis que les autres y voient un exercice longtemps associé à la prostitution, et à une forme de sexualité désengagée de l’acte de la natalité. Mais là encore, ces données n’indiquent pas qu’il existe un lien entre épanouissement sexuel et revenu, bien au contraire.

Ouverture culturelle et milieu social

« La fréquence des rapports n’en fait pas la qualité », explique Giulia Foïs, journaliste et animatrice de l’émission Point G, quotidienne consacrée à la sexualité sur la radio Le Mouv’. « L’argent peut à la rigueur servir à pimenter sa vie de couple et, potentiellement, favoriser les occasions de rencontres. Mais c’est avant tout l’état d’esprit de son milieu, et notamment son ouverture culturelle qui laisse la place ou non à une recherche du plaisir », ajoute cette dernière.

Nous ne sommes pas le produit mathématique d’un milieu social

Le désir et le plaisir auraient donc à voir, non pas avec le porte-monnaie, mais plutôt avec les valeurs du groupe auquel on appartient. Plus les normes y sont prégnantes, plus une sexualité épanouie et autonome est complexe à acquérir. « Le respect de ces codes concerne autant le haut que le bas de l’échelle sociale. La révolution sexuelle n’a pas suffi à balayer toutes les normes et traditions véhiculées à la fois dans les milieux populaires mais également chez les plus bourgeois », explique Giulia Foïs. Ce sont finalement les femmes les plus instruites qui sont aptes à s’affranchir de ces valeurs, une capacité indépendante du compte en banque.

D’enquêtes en sondages, il reste difficile de comprendre ce qu’il se passe réellement sous la couette. Il semble que les femmes les plus instruites ne désapprouvent pas les rapports sexuels sans amour puisqu’elles sont plus aptes à interroger leur désir personnel et donc à tenter des expériences. Mais en matière de sexualité, les règles sont rarement définies. Et Giulia Foïs de rappeler : « nous ne sommes pas le produit mathématique d’un milieu social. Il y autant de possibilités que d’individus. » Ouf !