Le Haut Conseil de santé publique plaide pour des centres de santé sexuelle

Publié le 10 mai 2016 dans la catégorie Actualités

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Source : Le Quotidien du Médecin

Dans un avis et un rapport 1, en réponse à une saisie de 2015 de la direction générale de la santé (DGS), le Haut Conseil de santé publique (HCSP) propose la mise en place d’une stratégie nationale de santé sexuelle, visant « à assurer un état de bien-être physique, émotionnel, mental et social lié à la sexualité de la naissance à la vieillesse pour l’ensemble de la population ». La globalité de la démarche est d’autant plus nécessaire qu’en France existe un éparpillement des actions en matière de santé sexuelle et reproductive, dispersées dans divers plans et institutions. Avec à la clef, un manque de lisibilité, tance le HCSP.

Se réclamant de l’universalisme proportionné, le HCSP recommande une vision holistique de la santé sexuelle, portée par une coordination d’acteurs (éducation, prévention, socio-culturel, sanitaire et médico-social), tout en prenant en compte les spécificités de certains publics : les personnes âgées et handicapées (à la sexualité taboue), les populations immigrées, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes (HSH), les trans, les prostitué(e)s, ou encore les détenu(e)s.

Des médecins à mieux former

Le HCSP souligne l’importance d’une prise en compte volontariste de la santé sexuelle au cours de la consultation médicale, car elle est intimement liée à une meilleure qualité de vie. Le HCSP suggère de définir le trouble sexuel comme « toute situation entraînant une insatisfaction personnelle » ; entre 15 et 70 % des personnes évoqueraient des difficultés. Or « les médecins classent la vie affective et sexuelle parmi les thèmes les plus difficiles à évoquer au cours de la consultation », lit-on dans l’avis.

Le HCSP recommande une meilleure formation continue et initiale des professionnels de santé et des médecins à la vie sexuelle dès le plus jeune âge, mais aussi, en matière de reproduction, aux modes de contraception et aux recommandations de la HAS, et en matière de prévention et de dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST), au repérage des situations cliniques évocatrices d’infection par le VIH. Il incite par ailleurs les établissements d’accueil des personnes âgées et handicapées à permettre l’expression de la vie sexuelle de leurs résidants.

Éduquer à la vie sexuelle dès le plus jeune âge

Plus généralement, s’inspirant de ce qu’il se fait à l’étranger, le HCSP fait une priorité des programmes d’éducation à la vie sexuelle dès le plus jeune âge, soit le primaire (comme en Suisse romande et aux Pays-Bas, qui comptabilisent les plus faibles taux européens d’IVG), élaborés entre l’éducation nationale et les professionnels de santé, avec l’intervention en milieu scolaire d’étudiants en médecine (comme en Écosse), et en renforçant les compétences des détenteurs de l’autorité parentale pour qu’ils comprennent mieux le développement de la vie sexuelle de leurs enfants.

En santé de la reproduction, le Haut Conseil propose d’étendre la confidentialité et la gratuité de la contraception aux femmes entre 18 et 25 ans, et de mieux communiquer sur ces dispositifs déjà réservés aux mineures. Il souligne l’importance de mieux informer aussi sur la baisse de la fertilité féminine après 30 ans, et d’améliorer l’aide médicale à la procréation (AMP), alors que plus de 80 % des grossesses issues de dons d’ovocytes ont été initiées à l’étranger.

Renforcer les CEGIDD

Pour mieux prévenir et dépister les IST, le HCSP soutient l’augmentation de la couverture vaccinale contre le papillomavirus, l’hépatite A et B des personnes exposées, et le méningocoque C des plus de 25 ans, à risque d’exposition. Il promeut la généralisation du dépistage organisé du cancer du col de l’utérus, le dépistage des infections à chlamydiae chez les jeunes femmes de moins de 25 ans, et les hommes de moins de 30 ans, ainsi que de la syphilis chez les HSH, détenus, prostitué(e)s et migrants. Il préconise de financer l’offre de dépistage combinée des MST y compris par TROP, concernant VIH, VHB, et VHC, et des TROD et autotest en direction des prostitué(e) s.

Autant d’actions qui doivent être menées notamment par les centres gratuits d’information, de dépistage et de diagnostic (CEGIDD), créés en janvier 2016 à partir de la fusion entre centres de dépistage anonyme et gratuit (CDAG) et centres d’information des IST (CIDDIST). Le Haut Conseil préconise leur évolution vers des centres de santé sexuelle, en encourageant leurs actions hors les murs.

Enfin, le HCSP propose toute une batterie d’indicateurs pour aider à la mise à l’agenda national et territorial d’une politique transversale en santé sexuelle.

Notes:

  1. Haut Conseil de la Santé Publique. Santé sexuelle et reproductive. 2 mars 2016. Dispo en ligne : http://www.hcsp.fr/explore.cgi/avisrapportsdomaine?clefr=550